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Dernière mise à jour : 16/02/2017

MALOCCLUSION JUGALE ( Mise à jour :31/07/2011)
Par le Dr Julien Goin

Une malocclusion dentaire est une anomalie de croissance et/ou de positionnement d’une ou de plusieurs dents, entraînant un défaut d’usure et une pousse anormale. On distingue les malocclusions incisives, touchant les incisives, et les malocclusions jugales, touchant les prémolaires et les molaires. Cette affection est fréquente, notamment chez les races naines, dont la sélection sur le petit gabarit et sur le raccourcissement du museau favorise l’encombrement dentaire.

ASPECT NORMAL DES DENTS JUGALES (PREMOLAIRES ET MOLAIRES)

Le lapin possède 22 dents jugales :

- douze dents supérieures : trois prémolaires (PM2, PM3,PM4) et trois molaires (M1, M2, M3) de chaque côté,
- dix dents inférieures : deux prémolaires (PM2, PM3) et trois molaires (M1, M2, M3) de chaque côté

A l’état normal, ces dents ne sont pas au contact au repos. Leur surface présente un angle de 10°, avec une croissance orientée vers l’extérieur pour les dents supérieures et vers l’intérieur pour les dents inférieures.

PHOTO 01 : aspect normal des dents jugales supérieures droites :


PHOTO 02 : aspect normal des dents jugales supérieures gauches :

SYMPTOMES ET ASPECTS DES DENTS JUGALES LORS DE MALOCCLUSION

Symptômes

Les symptômes varient en fonction du stade plus ou moins avancé de la malocclusion :
- difficultés à s’alimenter, anorexie (lors de gêne ou de douleur),
- bruxisme (grincements de dents),
- hypersalivation, pouvant entraîner une irritation puis une infection cutanée,
- mastication anormale de papiers, de tissus, etc.,
- malocclusion incisive.


PHOTO 02_a : souillure des poils de la gorge.


PHOTO 02_b à 2_d : hypersalivation avec irritation cutanée et pyodermite (infection cutanée bactérienne) secondaires :


Aspects des dents jugales supérieures

Les dents jugales supérieures poussent vers l’extérieur et entraînent des lésions de la muqueuse buccale de la face interne de la joue, notamment lors de la formation de spicules (petites pointes dentaires vulnérantes). Parfois, la pousse a lieu selon un axe proche de l’horizontale.

PHOTO 03 : malocclusion de la première prémolaire supérieure droite (PM2) avec spicule :


PHOTO 04 : malocclusion de la première prémolaire supérieure droite (PM2) avec spicule :


PHOTO 05 : malocclusion des dents jugales supérieures droites :


PHOTO 06 : malocclusion de la première prémolaire supérieure gauche (PM2) avec spicule :


PHOTO 07 : malocclusion de la première prémolaire supérieure gauche (PM2) avec spicule :


PHOTO 08 : malocclusion de la seconde prémolaire supérieure gauche (PM3) avec spicule :


PHOTO 09 : malocclusion des deux premières prémolaires supérieures gauches (PM2 et PM3), avec axe de croissance proche de l’horizontale :


PHOTO 10 : malocclusion des prémolaires supérieures gauches avec axe de croissance proche de l’horizontale entraînant un tassement alimentaire :


PHOTO 11 : même lapin, après nettoyage du tassement alimentaire :


PHOTO 11bis : malocclusion de la première prémolaire inférieure droite (PM2):


Aspects des dents jugales inférieures

Les dents jugales inférieures poussent vers l’intérieur et entraînent des lésions de la langue, notamment lors de la formation de spicules (petites pointes dentaires vulnérantes).

PHOTOS 12 et 12bis : malocclusion avec déviation de la seconde prémolaire inférieure droite (PM3) entraînant une ulcération de la langue :


PHOTOS 13 et 13 bis : malocclusion de la première prémolaire inférieure gauche (PM2) entraînant une ulcération du palais :


PHOTOS 14 et 15 : malocclusion de la première prémolaire inférieure gauche (PM2) :


PHOTO 16 : malocclusion de la seconde prémolaire inférieure gauche (PM3) avec spicule :


PHOTO 17 : malocclusion de la seconde prémolaire inférieure gauche (PM3) :


PHOTO 17bis : malocclusion de la première molaire inférieure gauche (M1) entraînant un ulcère lingual sévère :


PHOTO 18 : malocclusion des premières prémolaires inférieures droite et gauche (PM2) :


PHOTO 19 : malocclusion de la seconde prémolaire et de la première molaire inférieures droites (PM3 et M1) et de la première molaire supérieure droite (M1) :

CAUSES

La malocclusion jugale peut être primaire (= anomalie congénitale, apparaissant dans les mois suivant la naissance) ou secondaire à une autre affection qu’il faut alors rechercher et traiter.

Malocclusions primaires (congénitales)

- Anomalie génétique : une ou plusieurs dents présentent dès la naissance une anomalie de position ou de croissance,

- Prognathisme mandibulaire et brachygnathisme maxillaire (mâchoire inférieure trop longue et mâchoire supérieure trop courte) : cette anomalie, surtout fréquente chez les races naines, constitue une des causes majeures de malocclusion jugale. Un déterminisme génétique récessif a été démontré pour le prognathisme mandibulaire. La première paire de prémolaires inférieures (PM2) est souvent touchée, car elle est alors située trop en avant des dents supérieures, ce qui empêche son usure correcte.

Malocclusions secondaires (acquises)

Ration alimentaire inadaptée

Une ration alimentaire carencée en fibres (foin et végétaux verts) et/ou trop riche en granulés est la cause principale de malocclusion jugale.

En effet, les mouvements des dents sont différents lors de mastication de fibres et de granulés. Lors de ration inadaptée, l’usure des dents diminue, avec pour conséquence :
- la formation de spicules (petites pointes pouvant blesser la joue et la langue),
- une élongation de la couronne dentaire (pouvant blesser la joue, la langue ou le palais),
- une élongation secondaire des racines, entraînant une ostéolyse au niveau de l’apex de la dent et l’apparition de déformations osseuses maxillaires et mandibulaires,
- une déviation de l’axe de croissance de la dent.

Maladie métabolique osseuse

Cette maladie, secondaire à une carence en calcium et/ou en vitamine D (notamment par manque d’exposition aux UVB solaires, responsables de la photosynthèse cutanée de vitamine D3), entraîne une ostéodystrophie et un défaut de minéralisation de l’os des mâchoires, de l’émail et de la dentine. La dent se fragilise, chute, se fracture ou pousse anormalement, voire arrête de pousser.

Traumatisme

Un traumatisme des mâchoires ou des dents (choc, chute, coupe de dents…) peut entraîner la luxation ou la fracture d’une dent, ce qui conduit à sa pousse anormale et à un défaut d’usure de la dent opposée.

TRAITEMENT

Le traitement passe par la coupe et le limage réguliers des dents atteintes. En cas de malocclusion congénitale, sévère, gênante ou récurrente, et lors d’abcès dentaire, une extraction est généralement indiquée.

PHOTO 20 : coupe et limage de la seconde prémolaire inférieure gauche présentant une élongation.

Crédits photos : Dr. Julien Goin.