La cohabitation quand le contact ne passe pas

La psychologie du lapin est mystérieuse et parfois paradoxale. Ces créatures profondément sensibles ont soif de la compagnie d’un membre de leur espèce. Ils tissent des liens si forts que la perte d’un compagnon peut causer dépression et maladie. Un tel attachement est loin de se manifester lors des premières rencontres, qui peuvent être marquées par un comportement agressif. Deux semaines plus tard, les lapins sont devenus inséparables, se toilettant mutuellement et se blottissant l’un contre l’autre à longueur de journée. Le challenge pour les humains est d’arriver à les guider en toute sécurité vers ce happy end.

Le B.A-BA de la cohabitation
Tous les lapins que l’on veut faire cohabiter doivent être castrés ou stérilisés. Tous doivent être en bonne santé, avoir bon appétit et aimer le foin, de sorte que le système digestif continue à fonctionner pendant les rencontres. Idéalement, on met les lapins en contact en guise d’essai avant de s’engager à une nouvelle adoption. La première rencontre commence par un trajet en voiture de 15 à 30 minutes. Elle doit se faire dans un lieu autre que le territoire du lapin qui vit déjà à la maison. La cohabitation s’effectue pas-à-pas et avec précaution, en se fondant sur des signes encourageants dans le langage corporel du lapin. On surveille les lapins jusqu’à ce que la cohabitation soit définitivement assurée.

Quand faut-il redoubler d’efforts?
Le processus de cohabitation suppose que les deux lapins ou plus aient chacun une personnalité potentiellement compatible avec l’autre, si on leur laisse le temps de s’adapter. Malheureusement, quel que soit votre degré d’intimité avec le ou les lapins que vous voulez faire vivre ensemble, il n’est pas facile de prédire le résultat que donnera la somme de ces personnalités ensemble. Il arrive qu’on abandonne trop tôt une tentative de cohabitation, mais aussi qu’on aille trop loin et qu’on s’enlise dans un cercle vicieux de comportement hostile.
Voici quelques suggestions pour rattraper une cohabitation mal partie.

Parlez lapin
Connaissez le langage corporel des lapins, et sachez reconnaître quel comportement est nécessaire à la rencontre et lequel ne l’est pas. Lors des premières séances, un comportement encourageant n’implique pas forcément un contact direct avec l’autre lapin, il peut simplement s’agir d’un comportement positif en présence de l’autre lapin, ce qui inclut toutes les attitudes de détente : se reposer tranquillement, s’étirer, se renverser sur le dos, faire d’heureux grincements de dents. Faire sa toilette, manger et boire sont des comportements positifs, à moins que l’autre lapin y ait une réaction extrême (couiner ou attaquer). En général, lorsqu’on lapin en monte un autre, cela signifie « je te veux pour moi » : c’est une bonne chose.

Les signaux d'alerte
Soyez attentifs aux attitudes agressives : tenir la queue levée, avoir les oreilles en arrière, grogner, donner des coups de pattes, tourner en rond, pourchasser ou mordre l’autre lapin. Si l’une de ces attitudes intervient plusieurs fois dans la même séance, si aucun des deux lapins n’accepte de se soumettre à l’autre, si cela conduit à davantage d’agressivité, il faut interrompre la rencontre. Un spray d’eau dirigé vers la tête des lapins peut désamorcer une attaque sur le point d’avoir lieu, mais n’a pas d’effet une fois que les lapins sont énervés. Si les lapins se battent au point de se mordre et de ne plus se lâcher, utilisez une serviette pour les séparer. Ou bien, jetez-leur un bol d'eau. Intervenir à mains nues serait s’exposer à des morsures. Faites une pause et revoyez votre stratégie. Pour réussir la cohabitation, vous devez avant tout empêcher le combat d’avoir lieu.

L’environnement fait tout
Plus la cohabitation est difficile à mettre en place, plus l’espace et l’environnement sont importants. Je commence les cohabitations dans un espace de taille moyenne, assez encombré, comme l’enclos dans le salon ou l’entrée séparée du reste de la maison. J’ajoute des objets pour que les lapins puissent sauter dessus ou par-dessus ou courir autour, mais j’évite les culs-de-sac ou les endroits auxquels je ne peux pas accéder. Ils peuvent conduire à la confrontation ou tenir lieu de piège. On ajoute au moins deux bacs à litière et beaucoup de foin. On a alors notre espace, mais uniquement s’il convient aux lapins qu’on essaie de faire cohabiter. Si cela ne fonctionne pas, j’essaie avec d’autres pièces de la maison, avec des enclos différents (plus petits ou plus grands), proches d’une fenêtre ou d’une porte donnant sur l’extérieur. Peut-être que dans ces lieux le lapin se décidera à aller rendre visite à son copain, ou au contraire peut-être qu’on aura droit à une soirée pyjama !

Le rendez-vous de Flynn et Heidi
Après un trajet en voiture, j’ai mis Flynn et Heidi dans l’enclos que j’avais installé. Heidi pourchasse Flynn et lui donne des coups de pattes. Flynn s’enfuit en courant : il est en train d’apprendre à lui échapper. Elle se poste en haut d’une cabane, lève l’arrière-train et l’attaque. Nous sommes dans une impasse : il est bon que Flynn cède plutôt que d’attaquer en retour, mais là il est il est de plus en plus apeuré par elle. Je ne veux pas que cela devienne une habitude.

Voyage sur un fauteuil
Il faut qu’Heidi et Flynn soient plus inhibés mais aussi plus détendus. Je place deux chaises côte à côte face à la télé : une pour moi, une pour Heidi et Flynn. Je caresse Heidi et elle chavire de bonheur. Flynn se tient assis à côté d’elle, immobile. Heidi s’enroule autour de lui et sourit. Elle se lève et se jette sur le dos en lui atterrissant dessus. Elle se lève à nouveau et s’enroule autour de lui dans l’autre sens. Elle n’a pas l’air de réaliser combien Flynn est tendu. Il ne s’est pas encore remis de s’être fait pourchasser par elle. Tout n’est pas gagné, mais le comportement est remis dans le droit chemin.

Tenez-vous à ce qui marche
Les deux erreurs que j’observe dans les tentatives de cohabitation sont le fait de ne pas laisser tomber un environnement qui ne fonctionne pas, et le fait de ne pas persévérer suffisamment longtemps dans un environnement qui au contraire convient. Comment sait-on lorsqu’il faut persévérer ? Un langage corporel encourageant. Est-ce que cela signifie que Heidi et Flynn vont continuer leurs rendez-vous assis sur des meubles ? Oui, absolument. Le jour suivant, j’ai mis deux chaises côte à côte, j’ai ajouté un bac à litière, du foin et de l’eau, j’ai posé un enclos au bord des sièges pour qu’ils n’en sautent pas. J’ai amené les chaises à côté de mon bureau pendant que j’écrivais : autant être bien installés, car la phase « tenez-y vous » peut durer une semaine ou plus, selon la longueur des séances.

Câlin collectif
Ne sous-estimez pas votre rôle dans une cohabitation de lapins. Votre travail est d’observer le langage corporel, de réagir aux signes alarmants avant qu’une bataille n’éclate et d’intervenir rapidement si elle éclate. Si vous êtes calme, votre présence intimide les lapins, les rend moins enclins à attaquer et leur indique que ceci est une garenne amicale. Je m’allonge parfois par terre pour me reposer à côté des lapins pendant les séances. Si vous n’êtes pas calme, respirez un bon coup. Vous serez peut-être rassuré par la vidéo «Les présentations entre lapins » (« Introducing rabbits ») qui montre les progrès de plusieurs cohabitation réelles, et dans laquelle des lapins qui se chargeaient et se sautaient dessus le premier jour se blottissent l’un contre l’autre une semaine ou un mois plus tard.

Plus on est de fous, plus on rit?
Ajouter un troisième ou un quatrième lapin peut-il aider à pacifier une relation houleuse ? Nous avons observé que oui, si le lapin qu’on ajoute est le bon. Idéalement le médiateur serait un lapin adulte calme qui aurait déjà vécu avec d’autres lapins. Ce lapin pourrait avoir un rôle d’exemple et/ou détourner la tension de deux esprits en conflit.

Conseiller conjugal
Parfois, des lapins qui vivaient ensemble ne s’entendent plus, après des années de vie de couple heureuse. Nous n’en connaissons pas toujours la cause, mais les suspects sont : un nouveau lapin arrivé dans la maison ; un voyage chez le vétérinaire ou autre incident qui amène à séparer les lapins et/ou à attraper une odeur étrangère ; un problème de santé qui rend le lapin malade irritable ou le lapin non malade anxieux. Une fois que tous les problèmes de santé sont réglés par votre vétérinaire, retournez aux bases de la cohabitation. Pour masquer une odeur étrangère, imprégnez les deux lapins d'une odeur comme la vanille.

Hotline
Si les écrits existant sur la cohabitation ne traitent pas votre scénario en particulier, demandez une consultation privée : si vous habitez près d’un refuge de la House Rabbit Society, des bénévoles peuvent vous conseiller sur un processus de cohabitation. Les e-mails sont un autre moyen de contacter des faiseurs de cohabitations expérimentés pour obtenir conseils et soutien moral.

Quand faut-il abandonner?
Certaines cohabitations ont moins de chances de réussir que d’autres. Lorsque l’un ou les deux lapins sont adolescents (âge où ils sont versatiles et compétiteurs), il peut être nécessaire de faire une pause de trois à six mois avant d’essayer à nouveau. Lorsque l’un des lapins harcèle l’autre quel que soit le lieu choisi, au point que le lapin docile ne peut plus manger, boire ou bouger librement, il est temps de penser à leur faire prendre de longues vacances . Si, malgré votre vigilance, un lapin est blessé par des morsures et qu’il a besoin de points de suture, abandonnez la cohabitation. Peut-être certains lapins sont-ils par nature asociaux, antisociaux, ou même complètement autistes, et peut-être ne peuvent-ils simplement maîtriser les subtilités sociales de la relation lapin/lapin. Il y a certainement des humains qui sont plus heureux en côtoyant d’autres espèces plutôt que la leur. Les cochons d’Inde et les lapins s’entendent généralement bien, avec peu ou pas de travail d’introduction. Les chats, les oiseaux, et les chiens gentils peuvent fournir de la compagnie. Des lapins qu’on ne peut laisser ensemble en toute sécurité peuvent toutefois apprécier de vivre dans des espaces contigus. De tels lapins peuvent s’allonger l’un contre l’autre, presque comme un couple qui vit ensemble, excepté le grillage qui les sépare.

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Traduit de l'anglais par Marjolaine Morin pour Marguerite & Cie le 16 juillet 2009 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après l'original "Bonding When the Going Gets Rough " disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/journal/4-4/tough-bonding.html
La House Rabbit Society n'est pas responsable de l'exactitude de la traduction
The House Rabbit Society is not responsible for accuracy of the translation
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