Les inclinaisons de la tête chez les lapins sont observées assez fréquemment et peuvent être causées par de nombreuses maladies. Une autre appellation commune pour l’inclinaison de la tête est « le cou pincé ». Le terme médical exact est syndrome vestibulaire (qui peut inclure d’autres signes qu’une inclinaison de la tête). Un autre terme qui est souvent utilisé est « torticolis » ce qui signifie que les muscles du cou sont contractés et si cela se produit, il se développe comme une conséquence de la maladie qui maintient la tête penchée durant la période et à l’endroit où les muscles sont contractés. Tel n’est pas le cas pour tous les lapins avec un syndrome vestibulaire, donc le terme “torticolis” n’est pas le meilleur terme à utiliser pour la cause de la maladie car c’est en réalité une conséquence potentielle de celle-ci. Les lapins ayant un syndrome vestibulaire peuvent avoir une position de la tête qui diffère de quelques degrés jusqu’à 180 degrés de la position normale. Ils peuvent tomber, tourner en rond, avoir des difficultés à tenir debout et développer des blessures oculaires car le globe oculaire proéminent (spécialement l’œil du « bas ») est exposé aux traumatismes. Les signes fondamentaux du véritable syndrome vestibulaire chez le lapin sont une inclinaison persistante de la tête et une perte d’équilibre. Dans cet article je traiterai des causes et traitements des maladies susceptibles de provoquer une inclinaison de la tête chez le lapin. Les causes d’inclinaison de la tête peuvent être soit périphériques (n’impliquant pas le cerveau) soit centrales (impliquant le cerveau). Etre capable de faire cette distinction est capital pour déterminer un plan de traitement et un pronostic.
Tout d’abord, jetons un coup d’œil à l’anatomie et à la fonction de certaines zones dans le but de comprendre ce qui contribue ou pas à l’inclinaison de la tête chez le lapin.
L’oreille externe – Le conduit auditif externe est facilement visible à la base du volet de l’oreille appelé le pavillon. L’ouverture de ce canal (qui est très long et se termine par le tympan) doit être inspectée visuellement au moins une fois par semaine par la personne en charge des soins. De temps en temps, les maladies de l’oreille externe peuvent s’étendre jusqu’à l’oreille moyenne ou jusqu’à l’oreille interne. Les affections de cette zone seule peuvent causer les secouements de tête, des sécrétions auditives, et des douleurs mais NE peuvent PAS causer une inclinaison persistante de la tête ou une perte d’équilibre. Il est important de noter que la tête du lapin peut être inclinée de façon temporaire en raison de l’inconfort mais la tête peut facilement être redressée et il n’y a pas de perte d’équilibre.
L’oreille moyenne – Cette zone inclut la membrane tympanique (le tambour de l’oreille), la trompe d’Eustache, trois osselets auditifs (petits os), le nerf tympanique (une branche du nerf facial NC VII). Toute cette zone est protégée par le bulbe tympanique (une enveloppe osseuse rattachée au squelette). Les organismes infectieux peuvent entrer dans cette zone de trois manières : (1) par l’oreille externe, (2) par le pharynx à travers la trompe d’Eustache, et (3) par le sang. Les maladies de l’oreille moyenne peuvent causer des secouements de tête, des sécrétions auditives et des douleurs de même qu’une surdité mais NE peuvent PAS causer une inclinaison persistante de la tête. Comme pour les maladies de l’oreille externe, il peut y avoir une inclinaison temporaire de la tête en raison de l’inconfort mais pas de perte d’équilibre.
Si la branche du nerf facial qui passe par l’oreille moyenne est endommagée, cela peut causer une lèvre et une oreille pendante, une salivation et une diminution ou un arrêt du réflexe de clignement de l’œil. Si les nerfs NC III, IV ou VI sont endommagés, il en résulte le Syndrome d’Horner. Le Syndrome d’Horner est caractérisé par une paupière tombante, l’œil creux et la troisième paupière relâchée (là où cela reste sorti au coin de l’œil et ne peut pas se rétracter) et une pupille plus rétractée qu’à l’autre œil. Dans certains cas, l’œil devient très sec à cause de la perte de la capacité à cligner et irriguer l’œil avec les larmes ou bien à cause des dommages aux nerfs reliés au canal lacrymal. Parfois le relâchement de l’œil et l’oreille en conséquence des dommages du nerf facial peuvent donner l’impression d’une inclinaison de la tête. Cependant il N’Y A PAS de perte d’équilibre.
L’oreille interne – L’oreille interne inclut la cochlée, le vestibule et les canaux semi-circulaires et est innervée par le nerf vestibulo-cochléaire (qui part du cerveau et contrôle l’équilibre et la posture normale de la tête grâce à des capteurs dans les canaux semi-circulaires). L’oreille interne contrôle l’équilibre et l’audition. La maladie peut atteindre cette zone par les trois mêmes passages que pour l’oreille moyenne. Les signes de maladie de l’oreille interne incluent la surdité, L’INCLINAISON DE LA TETE, LA PERTE D’EQUILIBRE et un nystagmus horizontal ou rotatoire ( œil qui « saute » ou qui » roule ») qui est spontané et qui n’est pas en relation avec la position de la tête. La proprioception (la capacité du lapin à sentir où sont ses jambes et ses pieds) et les réactions posturales (la capacité du lapin à essayer de reprendre une position normale) sont normales . Le lapin ne montrera pas de faiblesse dans les autres parties de son corps et continuera à essayer de maintenir une position corporelle normale même si c’est difficile et que sa tête est penchée. On ne sait pas si les lapins ont des sensations nauséeuses accompagnant une perte d’équilibre. Les lapins ne peuvent pas vomir donc la nausée est difficile à déceler. Un nystagmus n’est pas un signe définitif de nausée.
Le cerveau – Je ne vais pas traiter entièrement l’anatomie de cet organe très complexe. Cependant, une zone spécifique du tronc cérébral contient le noyau vestibulaire, l’origine du nerf vestibulaire dans l’oreille interne. Le noyau vestibulaire permet le contrôle de l’équilibre central du corps. Les signes de maladie de cette minuscule zone du tronc cérébral incluent UNE INCLINAISON DE LA TETE, UNE PERTE D’EQUILIBE, une rotation autour du côté affecté, un nystagmus vertical, rotatoire, un nystagmus positionnel (se produit uniquement lorsque le lapin fait des mouvements de tête), une proprioception ralentie ou absente (l’animal se sent pas où sont ses jambes et ses pieds) et une perte des réactions posturales (l’animal ne peut pas se redresser correctement).
La moelle épinière-La moelle épinière contient un réseau de nerf qui s’étend pour contrôler toutes les fonctions du corps. La moelle épinière comporte des nerfs sensitifs (perception des sensations) et moteurs (contraction des muscles). Les dommages de la moelle épinière peuvent provoquer des signes unilatéraux (un seul côté) ou bilatéraux (les deux côtés). Un large éventail de signes qui peuvent résulter de maladies de la moelle épinière inclut des faiblesses ou des paralysies totales ou des extrémités, un mauvais contrôle de la vessie ou des intestins, des difficultés respiratoires, et ainsi de suite. UNE INCLINAISON DE LA TETE n’est pas un signe d’une maladie primaire de la moelle épinière.Cependant, une faiblesse unilatérale (un seul côté) peut, dans certains cas, donner une impression de tournoiements ou de rotation que l’on retrouve dans les maladies vestibulaires dues à l’incapacité du lapin à bouger correctement ses muscles du côté affecté. Il n’y aura pas une inclinaison persistante de la tête, bien qu’il y ait des déficits ou anormalités notables dans les réflexes du côté affecté.
Ce qui suit est un tableau qui résume la manière de faire la différence entre les inclinaisons de la tête causées par une maladie du tronc cérébral et celles causées par une maladie de l’oreille interne, qui sont les deux grandes zones pouvant générer une inclinaison persistante de la tête.
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Signes |
Oreille interne |
Tronc cérébral |
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Inclinaison de la tête |
Présent |
Présent |
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Tourne en rond |
Présent |
Présent |
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Chute, roulé-boulé |
Présent |
Présent |
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Nystagmus |
La plupart du temps spontané, ne varie pas selon la position de la tête |
La plupart du temps non spontané ; apparaît aux changements de position de la tête |
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Direction du Nystagmus |
La plupart du temps hirizontal Peut être rotatoire |
La plupart du temps positionnel, peut être vertical ou rarement rotatoire |
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Proprioception consciente |
Normale |
Retardée ou absente |
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Syndrome d'Horner |
Peut être présent |
Absent |
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Changement de démarche |
Légère ou sévère ataxie |
Ataxie ou faiblesse |
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Réactions posturales ( sautillement, semi marche, etc.) |
Normales si examinées au ralenti |
Faibles ou absentes |
*Extrait de Saunders Manual of Small Animal Practice, SJ Birchard, RG Sherding editors, W.B. Saunders Company, Philadelphia, PA, 1994.
Au moment d'établir le diagnostic, il est important de bien différencier si la cause de l'inclinaison de la tête est périphérique (affectant des zones autres que le cerveau) ou centrale (impliquant le cerveau et plus particulièrement le noyau vestibulaire). Une fois la différenciation effectuée, le vétérinaire peut alors davantage s’orienter vers un diagnostic et des traitements. En général, le pronostic de récupération totale est meilleur pour les maladies périphériques que pour les maladies centrales, mais chaque lapin est unique et le traitement ainsi que les pronostics doivent être déterminés sur les bases de chaque animal par le vétérinaire en charge de ce cas.
OTITE INTERNE (Inflammation de l’oreille interne) – C’est la cause la plus fréquente des inclinaisons de la tête chez le lapin de compagnie.Les causes de l’inflammation de l’oreille interne peuvent être les suivantes :
Maladie infectieuse – Des microorganismes, incluant un certain nombre de bactéries peuvent envahir l’oreille interne à partir des voies respiratoires via la trompe d’Eustache (le chemin le plus courant) ou à partir de l’oreille externe ou moyenne vers le bas. Occasionnellement, les microorganismes peuvent également s’introduire par le flux sanguin. Les organismes incluent une large variété de bactéries, à la fois aérobiques (nécessitant de l’oxygène) ou anaérobiques (pouvant vivre sans oxygène) et des champignons. (Au moment de la rédaction de cet article, il n’y a pas de preuve scientifique évidente que l’Encephalitozoon cuniculi affecte l’oreille interne ; par conséquent, il n’est pas référencé comme une cause de l’otite interne.)
Corps étrangers – Les corps étrangers peuvent parfois entrer dans le conduit auditif et pénétrer dans l’oreille interne.
Traumatismes – Les traumatismes peuvent parfois affecter l’oreille interne, incluant des rougeurs prononcées de l’oreille quand le tympan a été percé ou des fractures du bulbe tympanique ou du rocher.
Néoplasie – Ce cancer est rare, mais peut apparaître dans l’oreille interne, ou aux alentours suite à des signes de syndrome vestibulaire.
Toxines – Les toxines peuvent entrer soit par le flux sanguin (une toxine ingérée ou inhalée) soit par le conduit auditif (si le tympan a été percé). Certains médicaments ou désinfectants pour les oreilles appliqués en présence d’une perforation du tympan peuvent causer des dommages jusque dans l’oreille interne ; produits iodés, chloramphénicol, gentamicine, néomycine en chlorhexidine (Nolvasan; Chlorhexiderm).
Les signes d’otite interne incluent une inclinaison persistante de la tête du côté affecté, le fait de tourner en rond, un nystagmus, une ataxie (impossibilité de marcher normalement), une surdité et parfois des tremblements. Les lapins sont en général toujours capables de se nourrir et ont de l’appétit pendant les 24 à 48h qui suivent le choc initial de la maladie. Les lapins restent mentalement alertes et ne sont pas apathiques. La maladie est souvent aiguë (apparaît rapidement) bien que dans certains cas l’apparition soit plus progressive.
La façon la plus courante de diagnostiquer l’otite interne se fait via un CT scan ou une IRM. L’examen de l’oreille externe, les radios, et les prises de sang sont souvent négatifs pour des résultats significatifs. Souvenez-vous qu’un examen radiologique négatif n’élimine pas la possibilité d’une otite interne. Si l’oreille moyenne est également affectée il est possible d’obtenir une culture bactérienne par le biais d’une intervention chirurgicale qui peut être utile pour déterminer le traitement approprié.
Le traitement de l’otite interne dépend de sa cause primaire, comme la plupart des inclinaisons de la tête chez le lapin sont dues à une otite interne bactérienne, il est avantageux d’utiliser un long traitement antibiotique (de 3 à 6 semaines jusqu’à plusieurs mois). La plupart du temps, il n’est pas possible de trouver exactement l’organisme mis en cause donc il est préférable d’utiliser un antibiotique à large spectre ou une combinaison d’antibiotiques tels que (mais non limités à) : enrofloxacine orale, triméthoprine-sulfamides, chloramphénicol, azithromycine, métronidazole ou une forme injectable de pénicilline. Il est souvent recommandé d’éviter l’usage de corticostéroïdes chez le lapin si c’est possible ou si nécessaire de les utiliser seulement pour une très courte période (24 à 48 heures). Les lapins peuvent être plus sujets que d’autres animaux au développement d’une immunosuppression sous l’action de corticostéroïdes que le mode d’administration soit topique, oral ou parentéral. (Voir la fin de l’article sur les suggestions des soins médicaux supplémentaires.)
OTITE MOYENNE (Inflammation de l’oreille moyenne) - C’est également une maladie commune chez les lapins qui peut se produire en même temps ou même être la cause d’une otite interne. Cependant, les maladies dans cette zone uniquement ne causent pas une inclinaison persistante de la tête. La tête du lapin peut être temporairement penchée d’un côté à cause de la douleur mais il n’y a pas de perte d’équilibre et l’inclinaison de la tête peut être facilement corrigée lorsque le lapin est alerte. Les causes d’otite moyenne sont les mêmes que celle de l’otite interne, à l’exception de la maladie parasitaire sous forme d’acariens dans l’oreille. Pour une infection sévère due à des acariens dans l’oreille, il y a une possible rupture du tympan et les acariens peuvent envahir l’oreille moyenne.
Les signes d’otite moyenne incluent une inclinaison temporaire de la tête et un tremblement du côté affecté (du à la douleur causée par la maladie), l’animal se frotte la tête et se gratte les oreilles. Si les deux côtés sont affectés (comme dans la plupart des infections des oreilles par les acariens) le lapin peut alterner ses signes d’un côté à l’autre. S’il y a des dommages des nerfs crâniens reliés à l’oreille moyenne, les autres signes pouvant être observés sont une salivation excessive (ptyalisme), des réflexes de clignement réduits ou absents, les yeux secs et les oreilles qui tombent, une faiblesse ou le Syndrome d’Horner (paupières tombantes, les yeux enfoncés, la troisième paupière relâchée, et une pupille rétractée). L’appétit du lapin reste la plupart du temps normal.
Les diagnostics et traitements sont généralement les mêmes que ceux énumérés pour une otite interne. Dans certains cas, une infection de l’oreille interne sera présente ou un tympan percé sera observé. Certains cas d’otite moyenne requièrent une intervention chirurgicale pour retirer les débris du bulbe tympanique entourant l’oreille moyenne. Si l’oreille moyenne est affectée, alors une douleur significative peut être présente et interférer avec l’appétit. Un médicament pour la douleur avec des propriétés anti-inflammatoires, tel que le méloxicam, peut être utilisé.
LES MALADIES DU TRONC CEREBRAL – Les maladies du tronc cérébral, spécialement le noyau vestibulaire, peuvent causer des signes similaires à ceux observés pour les maladies de l’oreille interne. Comme le noyau vestibulaire est situé profondément dans le cerveau, il est probable que la maladie touchant cette zone affecte également les tissus entourant le cerveau. De plus, des signes neurologiques supplémentaires peuvent être présents, comme une perte d’appétit, une apathie mentale, une paralysie et une mort subite. Si la maladie affecte également le cervelet d’autres signes tels que des crispations peuvent être observés.
Maladie infectieuse– Des bactéries, des champignons et des virus peuvent affecter le tronc cérébral et y pénétrer par l’oreille interne, le flux sanguin ou par les infections de racine de molaire supérieure. Des abcès individuels peuvent se former ou une infection généralisée du cerveau (encéphalite) peut être présente. Une variété de bactéries susceptibles d’affecter le cerveau du lapin a été observée: Pasteurella, Bordetella, Staphlococcus, Listéria monocytogène, et la bactérie anaérobique. De plus il y a eu au moins un cas de virus Herpès 1 (HSV-1) ayant provoqué une encéphalite chez un lapin de compagnie. Cette maladie a probablement été transmise de l’homme au lapin.
Maladie protozoaire-L’Encephalitozoon cuniculi est un organisme unicellulaire appelé microsporidien qui peut infecter les lapins. Les lapins adultes peuvent soit ingérer ou inhaler les spores (les organismes de reproduction) présents dans l’urine des animaux ayant la forme active de la maladie. Cependant, la majorité des lapins sont infectés par leur mère à travers le placenta durant la gestation. Après avoir pénétré le corps du lapin, les spores infectieuses passent par les intestins puis migrent dans tout le corps jusqu’au cœur, poumons, foie et la rate. A ce stade de la maladie, la plupart des lapins ne montrent aucun signe de maladie. Chez certains lapins, cependant, E.cuniculi peut se propager jusqu’aux reins, aux yeux et au cerveau. Même à ce stade, beaucoup de lapins ne montrent aucun signe de maladie et mènent leur vie normalement. Certains montrent cependant des effets sévères incluant la mort si l’infection surpasse la capacité de leur système immunitaire à la contenir. Pour les besoins de notre discussion, nous sommes plus concernés par les infections qui prennent place dans le noyau vestibulaire dans le cerveau provoquant une inclinaison de la tête. Il y a une controverse actuelle à propos de la prévalence de l’E. cuniculi comme cause primaire d’une inclinaison de la tête (là où il n’y a pas d’autres signes de maladie du système central comme décrit précédemment) chez le lapin. Il a été particulièrement difficile de démontrer une corrélation définitive entre une inclinaison de la tête et l’infection active de l’E.cuniculi. Les tests sérologiques pour l’E.cuniculi ont une certaine valeur mais ne sont pas définitifs et, s’ils ne sont pas interprétés de manière appropriée à la lumière des récents évènements, peuvent induire en erreur (voir les commentaires sur Sérologie pour E. cuniculi). Le seul moyen de diagnostiquer l’E.cuniculi en tant que cause définitive d’une inclinaison de la tête est de prélever des échantillons de tissu cérébral du lapin lorsqu’il présente des signes cliniques et observer l’organisme et ses dégâts au microscope sur les échantillons. Personne n’a encore prouvé cette corrélation car une biopsie au cerveau est dangereuse pour le lapin et l’organisme de l’E.cuniculi peut être difficile à trouver dans le tissu cérébral. Il y a très peu, sinon aucun rapport de cas ou étude prouvant définitivement que l'E.cuniculi est un agent pathogène dans le système nerveux. Une présomption de diagnostic peut être faite en éliminant d’autres maladies et en recherchant d’autres signes de maladie provenant du cerveau. Il est important de noter qu’il est peu probable que le E.cuniculi affecte uniquement le noyau vestibulaire et comme il envahit le cerveau les lapins avec une inclinaison de la tête causées par le E. cuniculi auront probablement au moins un autre signe de maladie centrale telle que des faiblesses, une paralysie, une cécité, un appétit altéré, des tremblements ou des crispations. Ayant dit tout ceci, si un lapin présente les signes d’une maladie centrale vestibulaire, un test positif pour l'E.cuniculi, et que toutes les autres maladies ont été écartées, certains vétérinaires choisiront de traiter pour l'E.cuniculi de manière empirique. Le traitement approprié et efficace pour l'E.cuniculi est controversé car dans une maladie où le diagnostic définitif est presque toujours établi post-mortem, évaluer correctement les protocoles thérapeutiques pour leur efficacité et les comparer aux autres protocoles de traitement est quasiment impossible. De plus, il y a très peu de données scientifiques montrant une réelle corrélation entre les protocoles de traitement et une atténuation des signes. Ceci est assez bien accepté d’autant plus qu’à l’heure actuelle il n’existe pas de médicament capable de guérir complètement un animal de l’E.cuniculi une fois l’infection établie, mais des traitements permettent de stopper la progression de la maladie et d’en réduire les signes cliniques. Chose qui complique encore plus les recherches de traitement, certains lapins semblent capables de guérir spontanément (sans bénéficier d’un traitement) d’une infection d’E.cuniculi. Ceci rend encore plus difficile d’expliquer une amélioration clinique par l’usage de médicaments. Certains cas s’améliorent car le système immunitaire du lapin le guérit effectivement. Certains médicaments qui ont été utilisés pour traiter une infection avec l’E.cuniculi incluent de l’albendazole, du fenbendazole et de l’oxibendazole. Dans des cas rares, un autre protozoaire, Toxoplasma gondii, peut provoquer des encéphalites chez les lapins causant un large éventail de signes comme une inclinaison de la tête. Etant donnée la rareté de ce cas, je n’en reparlerai pas dans cet article.
Maladies parasitaires – Le parasite le plus commun associé à une inclinaison de la tête chez le lapin est l’Ascaride Commun du Raton laveur, Baylisascaris procyonis. Les ratons laveurs qui sont infectés par le ver ont des œufs dans les selles. Il faut 3 à 4 semaines à la larve à l’intérieur de l’œuf pour devenir infectieuse, ou être capable de provoquer la maladie chez un animal. Quand les ratons laveurs ingèrent les œufs infectieux, le ver adulte se développe et reste dans l’intestin où il cause des dommages minimes. Cependant, quand des espèces autres que le raton laveur ingèrent l’œuf infectieux du Baylisascaris, la larve qui éclot migre dans différentes zones du corps dont le cerveau. Une fois qu’elles ont atteint leur destination, elles sont enfermées dans une capsule où elles peuvent rester vivantes un certain temps. La grandeur de la larve et sa migration agressive couplées à la petite taille du cerveau du lapin provoquent une réaction inflammatoire significative causant des dégâts sur les tissus environnants. Le taux d’infection du Baylisascaris chez les ratons laveurs peut atteindre 82% suivant la zone du pays, c’est pourquoi il est considéré comme un parasite très répandu. Au moins 57 espèces de mammifères, dont les humains et 43 espèces d’oiseaux ont été diagnostiquées avec cette maladie. Les ratons laveurs ont l’habitude de déféquer dans des « latrines » à des endroits tels que sur les bottes de foin, dans des granges, des maisons ou sur le pont des bateaux, sur des arbres abattus ou au pied des arbres. Les œufs peuvent rester infectieux pendant des années suivant les conditions environnementales. Les lapins peuvent manger les œufs quand ils sont autorisés à paître dans des zones contaminées par des déjections de ratons laveurs ou à des endroits où ils se sont couchés dans la paille. Il est important d’acheter du foin ou de la paille qui ont été stockés dans des endroits correctement protégés des ratons laveurs. De plus assurez-vous également de bien inspecter chaque endroit dans lequel le lapin est autorisé à pénétrer, recherchez des signes de passage de ratons laveurs ou de contamination fécale. Le retrait ou l’élimination des déjections de ratons laveurs peu après qu’elles aient été disposées peut aider à prévenir le développement des œufs infectés puisque cela nécessite 3 à 4 semaines. Cependant, rappelez-vous également que les œufs sont microscopiques et peuvent être présents même après que vous ayez nettoyé le sol. Les signes observés chez les lapins atteints de Baylisascaris peuvent inclure une inclinaison de la tête, des tremblements, des faiblesses, une cécité, des convulsions et une mort soudaine. Le diagnostic définitif d’une infection au Baylisascaris chez le lapin vivant peut être difficile car on peut avoir l’impression d’autres désordres vestibulaires centraux (inclinaison de la tête). La connaissance des circonstances de l’exposition aux déjections de raton laveur est utile pour permettre au vétérinaire de faire un diagnostic. Il n’y a pas de test sérologique commercialisé pour diagnostiquer cette maladie. Une ponction lombaire peut être utile mais ne permet pas un diagnostic définitif. La découverte des larves dans les tissus après la mort du porteur est la plupart du temps le moyen d’établir le diagnostic définitif. Les médicaments antiparasitaires n’ont pas prouvé leur efficacité à moins d’avoir été administrés avant ou très vite (quelques jours) après l’ingestion des œufs. Les médicaments Pyrantel administrés dans la nourriture sont connus pour prévenir l’infection et la maladie résultante. Pour des traitements préventifs, l’albendazole sera le médicament de prédilection, mais ne le sera de manière curative. De façon anecdotique, certaines personnes ont raconté que l’oxibendazole aurait la même efficacité. Le problème principal est qu’une fois les signes de maladie présents, il y a déjà eu d’importants dégâts causés au cerveau, qui sont irréversibles même s’il y avait des médicaments efficaces pour tuer les parasites. De plus, il est à craindre que le fait de tuer des larves dans un contexte de maladie sérieuse du système nerveux central puisse créer une réaction inflammatoire encore plus importante due à la libération d’antigènes de larves par les parasites morts. Tout traitement antiparasitaire appliqué à un lapin avec des signes de maladie devrait être couplé à court terme avec des corticostéroïdes pour prévenir l’inflammation (48 heures). La prévention à l’exposition aux œufs du parasite est clairement le meilleur moyen de contrer cette maladie. La seule façon de prévenir de façon sûre l’exposition est de garder votre lapin à l’intérieur de la maison, de laisser votre lapin dehors à des endroits où les ratons laveurs n’ont pas pu déféquer depuis des années, ou d’être certain de maintenir en hauteur votre lapin par rapport au sol dans un clapier surélevé lorsqu’il est à l’extérieur. Le clapier surélevé doit être nettoyé régulièrement et la moindre matière fécale ne provenant pas de votre lapin doit engendrer un nettoyage en profondeur.
[Avec tous nos remerciements au Dr. Kevin Kazacos, Département de Pathobiologie, Purdue School of Veterinary medicine pour avoir confirmé les informations dans cette section sur le Baylisascaris procyonis.]
Accident vasculaire cérébral (attaque) – Les maladies affectant le système circulatoire du cerveau peuvent toucher différentes zones et provoquer une large variété de signes.
Néoplasie – Ce cancer peut affecter le cerveau en différentes zones.
Traumatisme – Les traumatismes de la tête ou du cou peuvent provoquer des lésions hautes de la moelle épinière ou des lésions du cerveau.
Toxines – Les toxines qu’elles soient ingérées ou absorbées par la peau ou les voies respiratoires peut conduire à des dommages cérébraux. Les toxines les plus courantes sont les métaux lourds tels que le plomb et le zinc (dans les peintures, les cages, les bijoux fantaisies, les poteries importées, les attaches de rideaux), les toxines des plantes, certains insecticides ou médicaments antiparasitaires, et le monoxyde de carbone.
Maladie métabolique – Il s’agit de maladies quelconques, comme des maladies du foie ou des reins ou encore gastro-intestinales qui provoquent une accumulation des toxines dans le corps due au mauvais fonctionnement de l’organe concerné. Les toxines finissent par affecter les fonctions cérébrales, et peuvent conduire à des signes de faiblesse, perte d’équilibre, etc. Heureusement, les lapins touchés par ses maladies présentent des signes bien avant que le cerveau soit touché.
Coup de chaleur - Des températures élevées et une humidité importante peuvent provoquer des coups de chaleur chez le lapin et affecter toutes les zones du cerveau. Les premiers signes sont en général un lapin qui tourne en rond, qui titube, des faiblesses et des pertes d’équilibre. La connaissance des circonstances de l’exposition à de hautes températures est la clé du diagnostic.
Diagnostiquer une maladie du tronc cérébral est difficile, et dépend principalement de l’examen physique, neurologique et des circonstances détaillées. La présence de signes supplémentaires en dehors des signes vestibulaires est une indication d’une maladie centrale, plutôt que purement périphérique. Consultez l'argumentaire ci-dessous, vous y trouverez des outils de diagnostic à utiliser en cas de suspicion de maladie du tronc cérébral.
Les traitements pour les maladies du tronc cérébral varient selon la cause suspectée. Cependant, les soins vétérinaires nécessaires sont les mêmes que pour les maladies périphériques, et en complément de cela le gavage ainsi que la réhydratation intensifs peuvent être nécessaires, étant donné que beaucoup de lapins atteints par la maladie ont une perte d’appétit et un état apathique.
Voici quelques tests diagnostiques pouvant être utilisés pour déterminer la cause d’une inclinaison de la tête chez le lapin.
ANTECEDENTS– Les antécédents détaillés sont d’une importance capitale pour déterminer la cause de la maladie. C’est sur ce point que le propriétaire du lapin doit être prudent en faisant des observations précises et en prenant des notes pour se rappeler des détails.
Récapitulatif des maladies antérieures (spécialement les maladies respiratoires, des oreilles, rénales et neurologiques)
Récapitulatif de toutes les crises précédentes avec une inclinaison de la tête, des faiblesses ou une incontinence.
Possibilité d’une exposition à des toxines ou des parasites environnementaux, accès à une cour extérieure, contact avec des déjections animales, contact avec d’autres lapins sains, plantes, toxines ménagères.
Contact avec des lapins malades ou l’ayant été (particulièrement pour les maladies neurologiques)
Possibilité de traumatisme
Possible contact avec un être humain avec une infection virale active d’herpès
L’état général de votre lapin. Ceci prend en compte les signes cliniques que vous avez pu remarquer, quand vous les avez observés pour la première fois et s’ils ont empiré, régressé ou stagner depuis que vous les avez constatés. L’appétit de votre lapin et son régime alimentaire (pas seulement ce que vous lui donnez mais tout ce qu’il a pu manger). Un changement ou une perte d’appétit ou de poids.
EXAMEN PHYSIQUE– Un examen physique approfondi ainsi qu’un examen neurologique complet sont essentiels pour diagnostiquer la cause d’une inclinaison de la tête. Les questions suivantes seront traitées lors d’un examen vétérinaire minutieux.
Attitude mentale : Le lapin est-il toujours alerte et actif, ou apathique et déprimé ?
Inclinaison de la tête : Regardez si elle persiste, de que côté le lapin penche, est ce qu’il tourne en rond ?
Equilibre : Le lapin essaie-t-il de se redresser lorsqu'on lui propose de l'aide ?
Démarche : Aucune anormalité dans la démarche ?
Nystagmus : Si présent, est-il spontané ou positionnel, horizontal ou vertical ?
Examen de l’oreille : Y a-t-il des signes de maladie externe ou de la membrane tympanique ? Y a-t-il des signes de sécrétions, de sang, ou de pus autour de la membrane tympanique ?
Respiration : Y a-t-il des signes de maladie respiratoire ?
Maladie systémique: Autres signes neurologiques, faiblesse (des membres postérieurs en particulier), paralysie, incontinence, changements de comportement, signes externes de traumatismes, particulièrement autour de la tête et du cou ?
Numération formule sanguine (NFS): Ce test peut être utile pour déterminer la présence d’anémie (dans certains cas de traumatismes ou dans le cas de maladies rénales) ou d’infection généralisée.
Indices biochimiques du sérum : Ces tests sont utiles pour confirmer ou exclure un certain nombre de maladies mais en rapport avec notre objectif il s’agira principalement de maladies du foie et des reins
Sérologie de l’E. cuniculi – Ces tests sont d’une utilité limitée pour le diagnostic de la maladie active. Comme indiqué ci-dessus, la plupart des lapins sont exposés lorsqu’ils sont dans l’utérus de leur mère. Ce qui signifie que la plupart des lapins seront positifs pour les anticorps de l’E.cuniculi en l’absence complète d’infection clinique par cet organisme. Pour cette raison, interpréter un test positif est souvent difficile et cette tâche est compliquée par le manque de recherches scientifiques crédibles à propos de cet organisme et sa relation avec le lapin malade ou non. Le taux d’anticorps peut rester élevé pendant des années même chez des lapins cliniquement sains qui n’ont jamais déclaré la maladie. L’interprétation d’un test négatif pour l’E. cuniculi est relativement simple. Cela signifie que le système immunitaire du lapin n’a jamais été exposé ou n’a jamais réagi à cet organisme. Une recherche négative d’anticorps pour l’E.cuniculi exclut essentiellement son diagnostic. Il existe beaucoup de tests disponibles, mais ils testent tous les anticorps pour l’E.cuniculi et non l’organisme en lui-même. Si un lapin est exposé en étant adulte, il y a habituellement un laps de temps de deux semaines entre l’exposition à l’organisme et un test positif (le développement des anticorps). Le seul moyen définitif de diagnostiquer une infection active de l’E.cuniculi se fait via une biopsie des tissus (dans ce cas du cerveau) et la démonstration des organismes et lésions au microscope comme cela est évoqué précédemment pour les maladies protozoaires. Comme cela a été expliqué, à ce stade les biopsies du cerveau sont trop risquées pour être recommandées pour le lapin.
Analyse sanguine de métaux lourds – Ces tests sont particulièrement importants en cas de suspicion d’intoxication aux métaux lourds.
CULTURES BACTERIENNES – S’il est possible d’obtenir un prélèvement de tissu d’une zone infectée, c’est alors idéal pour réaliser des cultures bactériennes et faire des tests de sensibilité aux antibiotiques afin de déterminer le meilleur choix d’antibiotique. Il est vital de réaliser des cultures aérobiques (le mode de culture le plus commun) ET anaérobiques car les deux types d’organismes peuvent être impliqués et ils sont la plupart du temps traités de manière différente. Malheureusement, il est rarement possible d’obtenir facile et sans mettre le lapin en danger un échantillon de cultures sur un lapin avec une maladie vestibulaire.
ENDOSCOPIE – Une endoscopie du conduit auditif peut être utile si une infection est présente dans l’oreille moyenne et peut éventuellement permettre d’obtenir des cultures à travers la membrane tympanique par une technique chirurgicale appelée myringotomie. Cette technologie n’est pas disponible dans tous les cabinets vétérinaires et cette technique peut être limitée pour les lapins en raison de la formation de pus plus solide que liquide.
RADIOGRAPHIES (Rayons-X) – Les radiographies peuvent être utiles pour détecter la présence de métaux lourds dans le tube digestif ou pour diagnostiquer un traumatisme crânien. Les radiographies sont également utiles pour le dépistage de maladies du bulbe tympanique là où l’oreille moyenne se loge. Des vues latérale, dorso-ventrale (lapin étendu sur son estomac pour la radio), et parfois oblique du squelette sont prises. Si la maladie de l’oreille moyenne ou interne est suffisamment avancée avec une accumulation de fluide ou de pus, une augmentation de la densité sera observée à l’intérieur du bulbe. Une inflammation chronique ou une infection seront suspectées s’il y a un changement dans l’os du bulbe. Cependant, il est important de noter que si la maladie de l’oreille moyenne ou interne est aiguë (elle n’a pas eu le temps de créer beaucoup de changements secondaires) ou s’il y a une petite accumulation de fluide ou de pus, les rayons-X du bulbe vont apparaître normaux même si la maladie est effectivement présente. Ce scénario est fréquent dans la médecine vétérinaire et par conséquent, une radiographie négative n’est pas la preuve définitive que la maladie n’est pas présente dans l’oreille interne ou moyenne.
Analyse du LCR (Liquide Céphalo-Rachidien) – Elle peut être utile si une maladie du système central, telle que l’encéphalite, est suspectée.
BIOPSIE – S’il est possible d’obtenir un échantillon du tissu affecté, une analyse microscopique pourra être extrêmement utile afin d’établir un diagnostic.
CT SCAN ou IRM – Ces techniques d’imagerie sont les plus courantes et sont le moyen le plus sûr de diagnostiquer une maladie de l’oreille interne ou moyenne. Une radiographie doit toujours être pratiquée avant pour dépister une maladie du bulbe tympanique et rechercher les signes de traumatismes. La découverte d’anomalies sur la radiographie chez un patient avec des signes cliniques est suffisante pour établir un diagnostic sans de plus amples investigations via un CT scan ou un IRM. Cependant, comme cela a été évoqué, une radiographie est souvent négative en présence de maladie clinique et par conséquent la prochaine étape sera de pratiquer un CT scan ou un IRM pour confirmer ou éliminer la présence d’une inflammation de l’oreille moyenne ou interne. Un CT scan ou un IRM seront aussi utiles pour diagnostiquer certaines maladies cérébrales telles qu’une maladie vasculaire cérébrale ou une néoplasie, particulièrement si on utilise un marqueur.
Voici quelques considérations d’ordre général que je souhaiterais énoncer pour les personnes dont le lapin est atteint de syndrome vestibulaire. Gardez bien à l’esprit que ce ne sont que des suggestions et que toutes les décisions finales doivent être prises par votre vétérinaire et vous-mêmes en tant qu’équipe car chaque animal est unique et nécessitera des soins qui lui seront spécifiques.
S’il est impossible d’établir un diagnostic définitif de la cause (situation très courante), mais qu’une maladie du système périphérique est suspectée en raison de l’examen physique et des antécédents, quelques soient les diagnostics possibles, le lapin doit être mis sous antibiotiques à large spectre pour une longue période allant de 3 semaines à plusieurs mois.
En règle générale, les corticostéroïdes (médicaments à base de cortisone) devront être évités autant que faire se peut, puisque les lapins sont particulièrement sensibles aux effets immunosuppresseurs de ces médicaments, et leur utilisation pourrait causer des complications ultérieures. Cependant, dans des cas où une infection au Baylisascaris est suspectée, un traitement très court avec des corticostéroïdes (48 heures) et indiqué pour réduire l’effet inflammatoire.
Si un diagnostic d’infection à l’E. cuniculi est fortement suspecté en raison de multiples signes de maladie du système central, de sérologies et que les autres maladies ont été éliminées, l’utilisation d’oxibendazole, de fenbendazole, et d’albendazole peut être envisagée.
Des médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent être envisagés pour réduire l’inflammation et diminuer la douleur si elle est présente. Ces médicaments ne sont utiles qu’au tout début de la prise en charge de la maladie.
L’utilisation de médicaments anti-nauséeux est controversée, puisqu’il n’y a pas de preuve tangible que les lapins connaissent la sensation de nausée. Leur physiologie est différente de celle des humains dans la mesure où ils n’ont pas la capacité physique de vomir, et nous ne savons pas si le mal de cœur joue un rôle chez les lapins atteints de syndrome vestibulaire. De plus, il n’existe pas de preuves fondées que l’utilisation de médicaments anti-nauséeux améliore l’état de lapins ayant une inclinaison de la tête. Bien qu’ils ne soient probablement pas dangereux (même si cela n’a jamais été étudié d’ailleurs), ces médicaments ne sont probablement pas nécessaires et il est préférable d’éviter une sur-médicamentation du lapin. Certains vétérinaires pensent que des médicaments, comme la diphenhydramine ou la meclizine, sont utiles chez un lapin qui se balance et un lapin qui ne s’alimente plus.
La lubrification oculaire est utile, particulièrement chez les animaux souffrant d’une inclinaison sévère de la tête. L’ »œil tombant » est très vulnérable aux blessures en raison de la protubérance des yeux des lapins. Les lapins ne clignent pas souvent des yeux et cet œil peut devenir sec, irrité ou infecté. Une attention quotidienne est nécessaire.
Une hydratation et une alimentation assistées peuvent être nécessaires dans une phase aiguë et à un stade précoce chez un lapin atteint de syndrome vestibulaire qui doit potentiellement faire face à une situation effrayante. Les lapins souffrant uniquement de maladies périphériques retrouvent en général rapidement un appétit normal et n’ont pas besoin d’assistance supplémentaire. Les lapins atteints de maladie du système central ou de paralysie des nerfs faciaux qui interfèrent avec une alimentation normale pourront avoir besoin d’une assistance à long terme ou même permanente pour s’alimenter et boire.
Les lapins souffrant de syndrome vestibulaire quelle qu’en soit la cause ne peuvent la plupart du temps avoir accès à leurs caecotrophes. Ces excellents nutriments peuvent être collectés lorsqu’ils sont encore humides et placés dans la gamelle du lapin avec ses granulés. Assurez-vous de bien faire la différence entre les crottes sèches et les caecotrophes plus luisants, lises et oblongs ou en forme de grappe.
Il est essentiel de modifier l’environnement d’un lapin atteint de syndrome vestibulaire sévère, particulièrement s’il a perdu complètement le reflex de se redresser ou s’il tourne constamment dans une direction. Il faudra fournir un enclos capitonné ou une cage dont les bords auront été protégés pour permettre au lapin de retrouver le sens de l’équilibre. Lorsque le lapin est de sortie, assurez-vous que son aire d'exercice possède de petits couloirs lui permettant de garder l'équilibre jusqu'à ce qu'il puisse bondir à nouveau normalement dans un espace plus large. Maintenez l’environnement le plus silencieux et le plus relaxant possible. Des bruits très forts, des lumières intenses, des vibrations et autres peuvent causer une anxiété chez l’animal et ne feront que retarder la capacité du lapin à réapprendre le contrôle de son équilibre.
Des thérapies complémentaires telles que la physiothérapie, l’acupuncture, la chiropractie peuvent être bénéfiques dans certains cas pour aider le lapin à regagner ses forces et le tonus musculaire là où les muscles n’ont plus été sollicités pendant le processus de guérison. Mis à part quelques récits anecdotiques ou témoignages, il n’existe pas de preuve que quelque forme de physiothérapie ou d’acupuncture puisse réduire la période d’inclinaison de la tête ou guérir une inclinaison persistante.
Il est important de se rappeler que l’évolution d’un syndrome vestibulaire, même avec le meilleur pronostic, peut prendre plusieurs semaines voir même des mois de soins importants avant de pouvoir observer une amélioration. Il ne s’agit pas d’une maladie qui se soigne rapidement, quelle qu’en soit la cause.
L’euthanasie est une option très délicate à prendre en considération. Si le lapin présente un déclin continu ou une dépression continue, une perte d’appétit ou d’autres faiblesses persistants après une période de deux ou trois semaines, le pronostic est alors assez sombre et l’euthanasie doit être prise en considération. Cependant, comme cela a été évoqué, pour la grande majorité des lapins atteint d’un syndrome vestibulaire avec une attitude mentale battante et un bon appétit, l’euthanasie ne doit pas être envisagée si la personne en charge des soins est désireuse et capable de fournir tous les soins nécessaires ainsi que les aménagements environnementaux.
Le pronostic de récupération d’un syndrome vestibulaire est variable, car il dépend de la cause. Pour la plupart des lapins souffrant d’une maladie du système périphérique, le pronostic est bon ou réservé et la grande majorité des lapins vont retrouver la position normale de leur tête et mené leur vie tout à fait normalement. Le processus de guérison pourra cependant prendre plusieurs semaines voire des mois. L’appétit et la condition mentale sont d’excellents indicateurs concernant le pronostic. Si un lapin reste alerte et attentif à son environnement tout en gardant bon appétit le pronostic pour qu’il recouvre une vie relativement normale est bon. Certains lapins conserveront une inclinaison de la tête toute leur vie même si la maladie de l’oreille interne a été soignée. Pour les lapins souffrant d’un syndrome vestibulaire central, on observe souvent une perte d’appétit ou une apathie et le pronostic devient assez réservé quand au recouvrement d’un état stable. Heureusement, la majorité des lapins avec un syndrome vestibulaire souffrent de maladies périphériques et leur futur est assez encourageant à condition qu’ils reçoivent un traitement vétérinaire et des soins de qualité et qu’on laisse faire le temps.
Les inclinaisons persistantes de la tête accompagnées de nystagmus et d’une perte d’équilibre sont soit d’origine périphérique (oreille interne) soit d’origine centrale (noyau vestibulaire du cerveau)
La CAUSE d’une inclinaison de la tête peut rester indéterminée dans bon nombre de cas, mais si on connaît la localisation de la maladie cela peut nous fournir des informations suffisantes pour élaborer un plan de traitement efficace et un pronostic.
Déterminer si une inclinaison de la tête est causée par une maladie du système périphérique ou central peut la plupart du temps être réalisé via un examen physique, incluant un examen neurologique minutieux et un bilan des antécédents.
Le syndrome vestibulaire périphérique est la cause la plus courante d’inclinaison de la tête et il est souvent limité à une inclinaison de la tête, un nystagmus spontané, le fait de tourner en rond et une perte d’équilibre. La majorité des lapins dans ce cas restent mentalement alertes, gardent l’appétit et ne présentent pas d’autres signes de faiblesses, d’anormalités dans la démarche ou de crispations.
Un syndrome vestibulaire périphérique est le plus souvent causé par une maladie inflammatoire de l’oreille interne couplée à une maladie bactérienne très commune. Il n’existe pas de preuve évidente que l’E. cuniculi provoque des maladies de l’oreille interne.
Si l’oreille moyenne est également impliquée dans une maladie du système périphérique, une paralysie des nerfs faciaux impliquant la lèvre, l’œil, la troisième paupière et les muscles faciaux peut être présente.
Le syndrome vestibulaire périphérique comporte un bon pronostic sous réserves concernant la récupération clinique. Il y a souvent des inclinaisons de la tête résiduelles, mais le lapin peut apprendre à rétablir son équilibre et vivre une vie relativement normale.
Le syndrome vestibulaire central est moins courant et inclut également une inclinaison de la tête, un nystagmus positionnel, le fait de tourner en rond et une perte d’équilibre. Comme le cerveau est impliqué, il peut assez souvent y avoir d’autres signes tels qu’une perte d’appétit, une apathie, d’autres zones de faiblesse, des anormalités dans la démarche, des convulsions et une mort subite.
Les lapins atteints de syndrome vestibulaire peuvent également avoir des antécédents d’autres signes compatibles avec une maladie du système central, une potentielle exposition à des toxines, des parasites, ou des traumatismes.
Le syndrome vestibulaire central peut avoir des causes variées telles que des infections bactériennes, E. cuniculi, des parasites et des traumatismes et laisse un pronostic de réservé à très limité pour un rétablissement.
Les radiographies sont nécessaires pour éliminer des traumatismes et peuvent détecter des maladies de l’oreille moyenne. Cependant, dans de nombreux cas, la radiographie ne montrera aucun changement même en présence de maladie de l’oreille moyenne ou interne. Par conséquent, une radiographie négative n’est pas une preuve de l’absence d’une maladie.
Un CT scan ou un IRM sont les moyens les plus courants et les plus sûrs de détecter des maladies de l’oreille interne ainsi que certaines maladies du système central.
Pour les lapins avec des signes uniquement périphériques réduits à une inclinaison de la tête, un nystagmus, le fait de tourner en rond et une perte d’équilibre, le mieux est probablement de les traiter à l’aide d’antibiotiques appropriés étant donné que les maladies bactériennes de l’oreille interne sont assez courantes.
Les causes les plus courantes de syndrome vestibulaire central provoquant des inclinaisons de la tête sont le Baylisascaris et l’E. cuniculi. Si une maladie du système central est suspectée, il pourra être bénéfique de commencer par un traitement à l’aide de médicaments appropriés tels que l’albendazole ou l’oxibendazole.
Des médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent également être préconisés dans beaucoup de cas d’inclinaison de la tête pour diminuer l’inflammation (étant donné que la réaction inflammatoire est très courante lors de maladies du système périphérique et central) et la douleur.
Les corticostéroïdes doivent être utilisés avec précaution et leur meilleur usage est probablement à court terme (48 heures) et il doit se faire uniquement à des stades précoces de maladies du système central particulièrement si le Baylisascaris est suspecté.
Pendant la convalescence, des soins appropriés pour un lapin atteint de syndrome vestibulaire sont fondamentaux et demandent un engagement à long terme concernant la prise en charge de l’animal et de son environnement.
Plus vous consultez rapidement un vétérinaire pour un lapin avec un syndrome vestibulaire, meilleures sont les chances de rétablissement complet avec une courte convalescence.
L’auteur souhaite remercier Jeff Rhody, DVM, pour sa collaboration précieuse lors de la rédaction de cet article.
Cet article a été lu et approuvé par le Comité de Santé de la HRS, Sept. 2006.
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Traduit de l'anglais par Lorène G. pour Marguerite & Cie le 10 juillet 2008 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après l'original "Head Tilt in House Rabbits " du Dr Susan A. Brown, disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/health/tilt.html
La House Rabbit Society n'est pas responsable de l'exactitude de la traduction
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