Radiologie du thorax chez le lapin

Par Sam Silverman, Docteur en médecine vétérinaire, Université de Californie / Davis, Ecole de Médecine Vétérinaire

La radiologie est un instrument de diagnostic trop peu utilisé dans les soins médicaux et chirurgicaux des lapins. Ci-dessous vous trouverez un extrait d’une conférence sur la radiologie du Dr Sam Silverman lors de la conférence vétérinaire de la HRS en mars dernier, traitant de l’interprétation radiologique de certains clichés cliniques classiques du thorax des lapins.

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En pensant à la capacité pulmonaire d’un lapin, je me suis rappelé un survol de montagnes effectué en hélicoptère, je voyais ces traces dans la neige, des lapins fuyant et fuyant encore formant des 8 –un coyote ou autre prédateur les poursuivant. J’étais stupéfié par ce que devait être la capacité respiratoire de ces lapins. Mais lorsque vous regardez leur thorax, c’est encore plus surprenant car la partie ventilée du poumon est très petite par rapport à la taille de l’animal.

Notez qu’il n’y a pas d'opacité rétrosternale des lobes pulmonaires craniaux gonflés de gaz et les limites cardiaques sont souvent relativement floues, en particulier en présence d’une grande quantité de graisse. Veillez à ce que les pattes antérieures soient complètement étendues cranialement sur le cliché latéral pour obtenir le plus de détails radiographiques de la partie craniale du thorax.Vous ne verrez pas de larges champs pulmonaires caudaux; les omoplates étant superposées au thorax dorsal, à tel point que si vous lisiez ceci sur une radio de chien ou de chat, vous feriez un diagnostic bien différent que ne le feriez avec un lapin.

Le thorax d’un chat est à peu près de la même taille que celui d’un lapin. Mais chez le lapin le cœur est positionné cranialement très près de l’ouverture supérieure du thorax ( comparez un thorax de chat avec un thorax de lapin sur la page opposée). Vous ne verrez pas le médiastin cranial chez le lapin du fait de la position craniale du cœur. Vous ne verrez pas de syndrome bronchique net. Vous n’aurez pas d’inflammation très importante des poumons chez un lapin normal non plus. Vous ne pouvez pas considérer le lapin comme un furet. Vous ne pouvez pas considérer le lapin comme un cobaye. Le lapin est une espèce complètement différente au regard de son anatomie radiographique.

Une vue frontale est un peu meilleure, mais n’oubliez pas, lorsque nous mesurons la poitrine, nos tables techniques sont établies sur la base de tissus souples de poumons ventilés. Si vous mesurez 10cm sur un chat ou un lapin, et utilisez la même exposition, le lapin sera sous-exposé. Notez à nouveau qu’il n’y a pas de médiastin crânial chez le lapin car le coeur est situé très en avant.

Le thorax d’un lapin obèse

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Lorsque vous observez la radio d’un lapin obèse vous pouvez vous demander : Où est la paroi thoracique ? Où est le cœur ? Où sont les poumons ? Vous pourriez continuer à décrire des anomalies sur ce lapin.Il s’agit cliniquement parlant d’un lapin normal. Lorsque j’ai commenté cette radio en utilisant le mot obésité, un client s’est mis très en colère après moi. Depuis je décris ces cas comme ceci « Il y a une grande quantité de graisse sous cutanée et intra-cavitaire ».Lorsqu’on réalise une radiographie de lapin obèse, on doit réaliser que notre capacité à établir un diagnostic va être sérieusement affectée par la quantité de graisse. Est-ce un syndrome bronchique, un syndrome interstitiel ou un syndrome mixte ? Le problème est que la densité, à l’extérieur et à l’intérieur du thorax, obscurcit les détails des tissus. La seule chose que vous puissiez faire avec ces animaux est d’utiliser une grille, même s’il n’y a pas assez d’épaisseur, et que ceci va éclairer une partie des rayons divergents. Un kilovoltage bas (40-65kpv) et une exposition courte (1/60sec ou moins) vous aideront à augmenter les détails radiographiques.

Bézoards sur une radiographie thoracique

C’est une structure abdominale que nous pouvons fréquemment observer "accidentellement" sur une radio thoracique. C’est le signe du halo(1). Le halo est une opacité légère dans l’estomac, qui est souvent révélateur d’un bézoard à l’intérieur de l’estomac. Mais les bézoards sont relativement communs et éventuellement normaux.

Les maladies respiratoires chroniques

Une pneumopathie chronique accompagnée de consolidations pulmonaires est fréquente et les radios sont d’une grande aide pour déterminer les changements caractéristiques d’une atteinte pulmonaire chronique. C’est très important car les informations radiographiques vont permettre de différencier les maladies de l’appareil respiratoire supérieur de la pneumonie chronique et aiguë. Il est souvent difficile de déterminer la chronicité d’une maladie pulmonaire d’après l’anamnèse des signes cliniques. Chez certains lapins atteints de maladies respiratoires chroniques, nous aurons tendance à voir un syndrome bronchique peu net sur la totalité des poumons. Nous ne lisons pas le champ cranial parce que nous voyons seulement le médiastin cranial et la graisse. Nous ne voyons pas la partie d’atelectasie du lobe médian que nous pouvons observer chez le chien et le chat. Vous verrez un échantillon interstitiel flou et accru. Dans les cas les plus sévères de maladie respiratoire chronique, nous voyons des aires/régions des consolidations pulmonaires focales.
Parfois, la vue ventro-dorsale n'est pas plus utile que la latéro-latérale, parfois, c'est l'inverse.
Dans les cas de pleurésie chronique, vous trouverez des adhésions et des cicatrices sur les poumons accompagnées d'une ventilation diminuée, qui peuvent être difficile à différencier d’une grande quantité de graisse intra-thoracique.
Bien que notre habilité à décrire précisément les tissus et les anomalies dans le thorax du lapin est limitée comparée à nos facultés à le faire sur le chat, la radiographie reste un outil très utile.

Radiographies appartenant à l'auteur

(1)Le signe du halo correspond à une couronne de verre dépoli autour d'une masse ou d'un nodule s'atténuant progressivement

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Traduit de l'anglais par Julie Broggi pour Marguerite & Cie le 07 juillet 2007 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après l'original "Radiology of the Rabbit Thorax" par Sam Silverman, DVM, University of California/Davis, School of Veterinary Medicinen disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/journal/3-11/thorax.html
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