Qualité de vie

Par Marinell Harriman

La confusion s’installe dans l’esprit des gens lorsqu’il s’agit de s’occuper d’animaux infirmes, souffrant de malformations, ou pas tout à fait « parfaits ». La souffrance provient-elle de l'état de l’animal ou du regard de l’observateur ?

J’ai le privilège de connaître la perception d’une amie très chère qui est atteinte d’une sclérose en plaques et qui peut exprimer en langage humain que le handicap ne retire pas forcément l’envie de vivre. Connaissant Lyndy Alston, je n’étais pas disposée à conclure, lorsque mon lapin Phoebe devint paraplégique, qu’il fallait mettre fin à sa vie. Pourtant, je me sentais obligée de garder ce fantastique animal hors de portée des regards désapprobateurs, des longs visages tristes et des « Oooooh ! Pauvre chose ! Est-ce que ça vaut vraiment la peine ? »

Qu’est ce qui vaut la peine ? Mon temps ? Sa vie ? Je restais souvent muette.

J’ai dit à Lyndy : « Les gens se conduisent comme s’il était morbide que je ne mette pas fin aux souffrances de cet animal »

Lyndy rit : « Certaines personnes souhaiteraient, également, mettre fin à mes souffrances. »

Horrifiée par une telle idée, je me suis souvenue qu’une part de la souffrance qu’éprouve une personne handicapée est imposée par les autres. Lyndy me parla d'une fois où elle était descendue en fauteuil électrique, profitant d’un jour pluvieux. Mais son plaisir ne fut pas perçu par un passant, qui demanda « Pourquoi l’ont-ils laissée sortir par ce temps ? »

LES TROIS A

La souffrance ne peut pas être feinte. Si vous faites face à la décision de prolonger ou de mettre fin à une vie dont vous n’êtes pas certain qu’elle offre plus de plaisir que de souffrance, voici les consignes que nous suivons :

Si vous pouvez répondre oui à ces questions la plupart du temps mais que vous doutez tout de même de la qualité de vie de votre lapin, pensez en termes de quantité. Est-ce que les bons jours (lorsque vous pouvez répondre oui) sont plus nombreux que les mauvais jours ? Vous allez peut être apprécier les bons jours avec une nouvelle conscience.

Lorsque vous vous occupez d’un lapin handicapé, les gens pensent que vous êtes un doux dingue, « une âme sensible ». Alors, pour tous ces efforts, quelle récompense pour le soignant humain ? Invariablement ces animaux donnent bien plus qu’ils ne prennent.

L’une des familles d’accueil de la House Rabbit Society, Amy Shapiro, a recueilli un lapin partiellement paralysé qui réclamait des soins médicaux. Lorsqu’il est mort six mois plus tard, j'ai rappelé à Amy qu'elle lui avait donné 6 mois de bonheur.

« Non, » me dit Amy, « Il m’a donné six mois de bonheur »

Mon mari, Bob, a été grandement encouragé par le courage et l’attitude reconnaissante qu’il a observés chez notre premier lapin paraplégique, Scooter. Il avait rencontré chez les humains peu d’exemples de force avec autant à donner.

Beth Woolbright a vu le désir persistant de vivre de Patrick, malgré sa maladie dégénérative. Sa volonté de s’occuper de lui signifiait filer à toute vitesse à la maison à l’heure du déjeuner pour le soigner, et parfois l’emmener avec elle au travail. Mais ce dont elle se souvenait le mieux de cette période c’était les samedis après-midi assis ensemble dans le trèfle. Ces samedis après-midi auraient pu être passés à faire des choses moins importantes et oubliés depuis longtemps.

UNE ANNEE PLEINE DE BONHEUR

Notre dernière année avec Phoebe a été physiquement éprouvante. Notre maison d’accueil a recueilli jusqu’à 82 lapins, tous avec des besoins de logement, de nourriture et d’exercice. Plusieurs lapins souffraient de maladies chroniques, et Phoebe nécessitait des soins continus. Il y avait les antibiotiques, les injections sous-cutanées, le gavage, le changement des bandages et des couches. Pourtant, ses yeux brillants et plein d’entrain captaient notre réserve d’énergie. Nous n’avions pas à deviner ce qui était bon pour elle. Nous pouvions tout simplement lui demander les yeux dans les yeux. Elle répondait avec des baisers chauds et humides.

Ce fut une année merveilleuse. Alors que nous comptions les bons jours, chacun d’eux devint une fête. Et parce que nous faisions la fête, nous appréciions nos activités humaines encore plus intensément. Nos modes de vie étaient ajustés aux horaires de gavages de Phoebe, mais les moments de détente s’intercalaient. Parfois c’était un must de sortir pour un dîner détente et d’être à notre tour servis. Ou alors nous courions à la dernière séance de cinéma lorsque le travail était fait. Nous fréquentions les expositions d’art, assistions à quelques pièces et invitions des amis pour une soirée.

Je ne me souviens pas des épreuves. Je ne me rappelle que de la joie.

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Traduit de l'anglais par Marguerite & Cie le 03 septembre 2008 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après l'original "Quality of Life" par MARINELL HARRIMAN disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/journal/2-8/quality-of-life.html
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