Qu’est-ce que la douleur ?

Par Joanne Paul Murphy, DVM, Dipl. ACZM

La douleur se définie comme une expérience émotionnelle et sensorielle désagréable associée à des lésions des tissus, existantes ou potentielles. On ne la comprend pas bien encore, que ce soit chez l’homme ou chez les autres animaux. La douleur est subjective parce qu’elle est complexe et qu’on ne peut la mesurer directement. Je suis sûre que vous pouvez penser à deux personnes qui vivent la même expérience mais qui décriront leur douleur différemment. On peut donc supposer que si deux personnes vivent leur douleur différemment, il en va de même pour les animaux. Ceux-ci ne pouvant communiquer verbalement avec nous, il est difficile d’identifier, de classer et de quantifier leur douleur. Pourtant ses réseaux anatomiques et chimiques et sa perception sont similaires chez tous les animaux. Nous partons donc de l’idée que les affections ou les maladies qui sont douloureuses chez les humains le sont aussi chez les animaux, comme nos lapins.

Les comportements vis-à-vis de la douleur sont en train de changer :

Parce que les lapins ne peuvent pas nous parler, les propriétaires et les vétérinaires se sont traditionnellement basés sur l’observation des comportements provoqués par la douleur pour décider du moment où il fallait intervenir. Nous interprétons la douleur comme le signal d’un problème sous-jacent et dans le passé, on corrigeait le problème et on assumait que la douleur allait disparaître. L’approche actuelle est que nous voulons être sensibles aux signes de douleurs les plus légers parce que le traitement de la douleur elle-même peut aider à la guérison. Ce ne sont pas seulement les propriétaires de lapin et les vétérinaires qui changent d’attitude. Ainsi, les bébés humains sont similaires aux lapins sous de nombreux côtés, par exemple ils communiquent aussi d’une façon qui peut être obscure et difficile à comprendre pour leurs parents et leurs docteurs. Les professionnels de la santé humaine et vétérinaire commencent à comprendre que des changements subtils dans le comportement peuvent être les seules indications d’un problème chez l’enfant ou chez l’animal. La douleur est activement étudiée par la médicine humaine et vétérinaire depuis les 15 à 20 dernières années.

Les chercheurs en médecine vétérinaires se posent les questions suivantes :

1. Comment pouvons-nous reconnaître les signes de souffrance chez nos patients ?
2. Quels sont les avantages associés à une maîtrise correcte de la douleur ?
3. Comment différencier la douleur de l’anxiété ?
4. Quelles sont les drogues efficaces contre la douleur?
5. Quelles sont les réponses d’animaux différents à des traitements différents?

Comment reconnaître la douleur chez le lapin ?

Quand il travaille avec des lapins, le soignant doit conclure à la présence de douleur en observant des changements par rapport au comportement normal de l’animal. Un lapin en bonne santé est vif, alerte, actif, curieux, il a le poil lisse et un corps en bon état. La douleur peut se manifester à travers un boitement ou un changement dans la démarche, le retrait ou la protection d’une zone blessée, des positions bizarres ou anormales, le léchage, le frottement ou le grattage d’un endroit. La douleur peut aussi être signalée par le fait que le lapin mange et boit moins. Il est important d’avoir à l’esprit que le lapin est une proie, un animal qui doit normalement cacher tout handicap pour échapper aux prédateurs. Les signes de douleur peuvent être aussi subtils qu’une augmentation du rythme respiratoire, une répugnance à bouger, une agressivité soudaine, des paupières constamment plissées, une perte d’intérêts pour l’environnement ou une incapacité à se reposer ou à dormir. S’il y a une douleur abdominale, le lapin sera recroquevillé. Un lapin avec des pieds douloureux sera peut-être étendu de tout son long, mais avoir les pattes arrière étendues est aussi une posture de contentement et de relaxation. De forts grincements de dents peuvent aussi être un signe de douleur, surtout s’ils sont accompagnés d’autres symptômes listés ci-dessus. Néanmoins, quand ils sont contents, les lapins peuvent doucement grincer des dents de façon plus douce et sporadique. Normalement, les lapins n’émettent pas de sons, mais quand ils font soudainement l’expérience de la souffrance ou de la peur, ils peuvent émettre un sifflement aigu, assez impressionnant pour les personnes qui l’entendent. La douleur du lapin est souvent sous-diagnostiquée tant par les propriétaires que par les soignants et même quand elle est détectée, elle est souvent sous-estimée. Il est très difficile de différentier la douleur de l’anxiété puisqu’elles sont souvent liées et qu’elles modifient le comportement de la même manière. On peut se simplifier la tâche en se souvenant que les lapins seront anxieux dès qu’ils seront placés dans un milieu inconnu.

Est-il utile à un animal de souffrir ?

On a enseigné pendant des années aux vétérinaires que les animaux devaient supporter un certain niveau de douleur quand ils se blessaient, ou après une chirurgie, pour les empêcher de se blesser encore plus en bougeant trop. Néanmoins, nous savons qu’une douleur trop importante peut être nuisible et même poser un risque pour la vie de l’animal, particulièrement chez les espèces proies. La pensée médicale actuelle amène les praticiens à essayer de comprendre et amoindrir les effets nuisibles de la douleur. Une douleur excessive peut ralentir la guérison d’une maladie ou d’une blessure. Le lapin peut arrêter de manger à cause d’elle, ce qui peut ralentir et même arrêter le transit gastro-intestinal et provoquer la mort. Les lapins qui souffrent trop peuvent subir un choc et mourir dans les 24 ou 48 heures bien que la maladie ou la blessure à l’origine du problème n’ait pas été mortelle.

Quels sont les avantages associés à la maîtrise de la douleur ?

Nous sommes encore loin de pouvoir évaluer la douleur du lapin et la maîtriser pour en tirer un avantage. Les chercheurs dans le domaine médical humain ont essayé d’étudier les avantages liés au contrôle de la douleur. La plupart des études vétérinaires sur le sujet traitent des chiens et des chats parce que ce sont les animaux les plus courants dans les cabinets vétérinaires. Quelques-uns de ces avantages incluent une améliorations des fonctions respiratoires, une baisse du niveau de stress postopératoires, une durée d’hospitalisation raccourcie, un retour à une mobilité normale plus rapide, des taux de guérisons améliorés et même une réduction de l’extension du cancer après la chirurgie. Presque toutes les études montrent que les personnes et les animaux reprennent des habitudes alimentaires normales plus rapidement quand on maîtrise la douleur. C’est pourquoi, la prévention ainsi qu’une reconnaissance rapide et un traitement efficace de la douleur et de l’anxiété devraient être prédominant dans le soin aux animaux. Les propriétaires de lapins ont raison de demander l’aide de leur vétérinaire à ce sujet. On peut tout à fait concevoir qu’une intervention chirurgicale invasive sera une source de douleur chez le lapin. Ainsi, les lapins stérilisés retrouvent un appétit normal et récupèrent plus vite quand on leur a donné un analgésique pendant la chirurgie et pour au moins les 24 heures suivant celle-ci.

Que faire pour réduire la douleur ?

La douleur est seulement un des nombreux problèmes auxquels les lapins malades doivent faire face. Ils doivent affronter leur maladie ou leur blessure et, en plus, affronter des changements stressants qui accompagnent le problème. Un lapin malade doit en général quitter son environnement familier, être transporté à la clinique vétérinaire et être confronter à un environnement étranger avec des odeurs et des bruits menaçants. Il peut aussi être séparé de ses amis, tant humains que lapins. En plus, le vétérinaire, qui est un étranger pour le lapin, le palpe, le sonde, bouge des membres douloureux. Le praticien peut avoir besoin de l’attacher et prendre des échantillons de sang ou faire d’autres procédures. On doit essayer de voir les choses du point de vue du lapin. On peut essayer de réduire les aspects effrayants et douloureux de la procédure en le caressant, en lui parlant tout bas, en utilisant de bonnes pratiques de soins et en lui fournissant un environnement hospitalier où il se sentira en sécurité et qui réduira son niveau d’anxiété. Les lapins réagissent mieux aux traitements et récupèrent plus vite s’ils retrouvent leur environnement familier le plus tôt possible. Beaucoup de propriétaires de lapins croient que ceux-ci sont rassurés par la présence d’un de leur compagnon lapin dès que possible pendant leur séjour à la clinique. Néanmoins, les propriétaires doivent aussi respecter les décisions du praticien quand la situation demande que le lapin soit seul pour observation ou pour des prélèvements.

Qu’est-ce que l’analgésie?

Littéralement, « analgésie » veut dire « absence de sensation de la douleur ». L’utilisation réaliste de l’analgésie veut dire soulager la douleur et la gêne grâce aux médicaments. Il n’y a pas de drogue qui supprime totalement la douleur sans anesthésie complète ou perte de conscience. Malheureusement, aucun médicament ne fonctionne de la même façon chez tous les animaux ou tous les humains. Cela complique le travail du vétérinaire pour déterminer l’efficacité d’un traitement ou sa durée chez chaque animal. Un traitement peut mettre en œuvre différents niveaux pour apporter du confort.

Quels types de médicaments peuvent maîtriser la douleur ?

Quand un lapin doit être hospitalisé, le vétérinaire peut prendre la décision de lui administrer un médicament pour diminuer l’anxiété, comme le midazolam. Les lapins ont besoin d’un fort dosage de ce type de drogue et apparaître assez somnolents mais quand on les bouge et qu’on les examine, ils redeviennent très alertes. Votre vétérinaire examinera votre lapin et son problème avant de lui prescrire un quelconque médicament. Il n’y a aucun médicament réservé exclusivement aux lapins, mais les analgésiques ont été évalués pour eux et les dosages sont disponibles. Il existe différentes catégories de médicaments pour contrôler la douleur et nous allons les décrire brièvement ci-dessous :

Votre vétérinaire devrait être capable de trouver un moyen de soulager la douleur de votre lapin une fois que le diagnostic a été posé. N’essayez pas de concocter vos remèdes « maison ». Tous les médicaments ont des effets secondaires qui peuvent être dangereux. Comme vous êtes celui qui prend soin de lui, vous pouvez faire certaines choses pour diminuer l’inconfort de votre lapin, comme le manipuler avec douceur, prendre contact rapidement avec votre vétérinaire, lui prodiguer des soins avec délicatesse, améliorer son confort et lui proposer une nourriture et une boisson attirantes pour maintenir son appétit. Il est important de maintenir la mobilité gastro-intestinale, surtout quand le lapin est déjà stressé par la maladie.

*Révisé et approuvé par le Comité santé de la HRS 9/06

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Traduit de l'anglais par Emmanuelle Chevallier pour Marguerite & Cie le 07 août 2008 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après l'original "What is Pain?"de Joanne Paul-Murphy, DVM, Dipl. ACZM disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/health/pain.html
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