Les béliers sont paisibles, et autres mythes dangereux

Amy Shapiro

En tant que conseillère à l’adoption, on me demande régulièrement quelles races "sont les plus adaptées aux enfants". Ou bien, les gens vont dire « Mon appartement est petit, donc je veux un de ces lapins miniatures ». Qu’est-ce qui ne va pas dans ces affirmations?

Le problème principal est qu’il y a autant d’exceptions qu’il y a de lapins qui correspondent à la description d’une race particulière. Conjointement à cela, il est problématique de juger d’un animal selon son apparence plutôt que selon sa personnalité. Quiconque a observé un lapin nain se ruer de la cuisine vers le porche en passant par le canapé, de trois heures du matin jusqu’en milieu de matinée, comprendra immédiatement à quel point est erronée l’association petit appartement/petit lapin. De fait, il n’y a pas d’appartement trop petit même pour le plus grand lapin. Et s’il y avait une seule généralisation avérée à faire, ce serait celle-ci : les plus grands lapins ont tendance à être moins actifs et, de ce fait, ont besoin de moins d’espace que les races naines.

Méfiez-vous donc des phrases commençant par « Les béliers sont... » ou « Les angoras sont... ». De telles généralisations font souvent écran et masquent l’animal particulier, l’individu, en se focalisant à la place sur des idées abstraites (et en général erronées). Alors qu’il est vrai que nous naissons tous avec une personnalité, que nous (humains comme lapins) ne sortons pas du giron maternel comme une page vierge, il n’est pas vrai qu’il y ait un gène « gentil avec les enfants ». La plupart des lapins , s’ils sont reproduits intentionnellement, et non accidentellement , sont élevés pour leur apparence, pas pour leur personnalité. La génétique a permis aux humains de créer un lapin avec le corps blanc et les oreilles, le nez, les pattes et la queue marrons, que ce soit dans les grandes tailles (Californien) ou dans les petites (Himalayien) ; mais elle n’a pas permis d’en créer un qui apprécie de façon innée d’être attrapé par de petites mains collantes.

Ce qui se cache derrière les apparences

En termes d’apparence, il est bien plus fructueux de décrypter l’individualité d’un lapin – son expression faciale, la position de son corps – que d’observer la couleur de sa fourrure. Un lapin doux a un air doux, quelle que soit sa race. Les lapins anxieux ont l’air anxieux. Ils se roulent rarement sur le dos ou s’allongent rarement les pattes arrières étendues. Un lapin paisible va se reposer dans n'importe quelle position étrange, se laissant aller sur votre bras, au milieu d’une pièce bruyante. Les lapins irritables ont un air pincé et revêche, exactement comme cette guichetière de banque qui vous donne l’impression que vous lui infligez la torture quand vous retirez votre argent de sa banque. Lorsqu’on est apprenti en comportement des lapins, voilà les observations qu’il faut privilégier.

Les généralisations quant aux races vont de pair avec les préférences quant aux races. Les familles d’accueil de la House Rabbit Association reçoivent régulièrement des requêtes telles que « Nous recherchons un bélier français », ou bien « Notre dernier lapin était un Hollandais. En auriez-vous un? » N’est-ce pas, là encore, privilégier de façon sous-jacente l’abstrait à l’individuel ? Même s’il y avait une « personnalité angora », n’y a-t-il pas des exceptions, des variations, des contradictions ? Quelles relations humaines ont tendance à durer le plus longtemps : celles qui sont basées sur l’apparence physique ou celles qui se fondent sur la personnalité ?

L’un des grands dangers des généralisations sur les races réside dans le fait qu’elles peuvent devenir des prédictions qui s’accomplissent d’elles-mêmes. Si votre lapin nain vous mord, hé bien, tout le monde sait qu’ils sont irritables et qu’on ne peut rien y faire. Plus d’un lapin nain a fini dans un refuge à cause d’un comportement qui aurait été accepté et géré chez une race qui n’a pas la réputation d’être agressive.

Un autre aspect insidieux des stéréotypes est qu’ils permettent de classer en catégories des groupes entiers d’animaux pour ensuite les écarter . Les termes de « lapin de laboratoire » et de « lapin de chair » en sont des exemples. Quelle est la différence entre un lapin de laboratoire et un lapin de ferme ? Il n’y en a aucune, comme pourra vous le dire quiconque a sauvé le premier pour le voir ensuite se comporter de plus en plus comme le second. Tout est dans le nom, mais l’acte même de nommer sous-tend l’idée que certains lapins sont destinés aux laboratoires et d’autres aux marmites.

Et que font toutes ces belles théories du caractère particulier, du lapin issu de croisements? Implicitement, quand ce n’est pas explicitement, les généralisations sur les races favorisent le lapin pure race. L’hybride est considéré comme un individu de seconde classe. Appliqué à l’espèce humaine, ce type d’attitude est, au mieux, du snobisme, mais plus souvent, du sectarisme.

Nous faisons tous, tout le temps, des généralisations sur les autres créatures. Ces généralisations peuvent s’avérer relativement bénignes comme réellement dangereuses et chargées de haine. Que sont le racisme, le sexisme, le spécisme, ou tout autre idéologie du « nous-contre-eux », sinon un florilège de généralisations basées sur l’apparence, la lignée ou la préférence religieuse ? Bon nombre de gens à qui il ne viendrait pas à l’idée de généraliser sur les humains à partir de la « race » d’une personne (c’est-à-dire de sa nationalité, de son origine ethnique, etc), ne voient pas de problème à évaluer les non-humains selon la couleur de leur fourrure ou l’orientation de leurs oreilles. Dire que les béliers sont paisibles revient au même que dire que les blondes sont bêtes ou que les Sagittaires manquent de tact.

Votre lapin est lui-même et personne d’autre. Pour que vous arriviez à bien le connaître, et réciproquement , le processus nécessite de ne pas généraliser. De fait, c’est une expérience très singulière, partagée par chacun de vous deux. La beauté de votre lapin ne réside pas plus dans le fait qu’il ait un pedigree que son amour pour vous n’est basé sur votre ascendance. Une fois retirées les oeillères de la généralisation, le monde devient un endroit bien plus intéressant.

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Traduit de l'anglais par Marjolaine Morin pour Marguerite & Cie le 30 mai 2008 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après l'original "Lops Are Mellow and Other Dangerous Myths" par Amy Shapiro disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/journal/2-10/mellow-lops.html
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