Un lapin dans la classe – Qu’apprennent-ils vraiment aux enfants?

Par Carol McCall

Une fois qu’on vit avec un lapin, on se rend compte à quel point les idées généralement admises tombent complètement à côté. Pourquoi confinerait-on ces créatures sensibles et subtiles à la vie dans une classe ? Même dans les rares cas où (contrairement aux animaux décrits ci-dessous) les besoins physiques à court terme du lapin sont satisfaits, les manques sociaux, émotionnels et psychologiques sont impossibles à combler. Les élèves n’obtiennent pas non plus les enseignements prévus. Ils peuvent entendre parler de "respect et responsabilité," mais ils voient un lapin qu’on utilise et dont, dans la plupart des cas, on se débarrasse quand son utilité prend fin. Doc et Winnie font partie des rares qui ont eu de la chance. Espérons que leur histoire inspirera à d’autres personnes l'idée d'agir comme Carol McCall l’a fait.

-- Amy Espie.

rabbit in classroom with children
J’ai secouru deux lapins et un cochon d’Inde du lycée dans lequel j’enseigne. Ce ne furent pas des interventions spectaculaires ; il s’agit plus d’adoptions progressives. Le premier fut Doc, un grand et séduisant lapin fauve. La professeur de biologie l’avait récupéré auprès d’une femme qui s’était retrouvée coincée avec lui quand sa première famille (des parents à elle) avait quitté la ville. Selon l’idée non remise en question selon laquelle les salles de classe seraient un habitat idéal pour les lapins, elle s’empressa de s’en débarrasser auprès du professeur.

"Selon l’idée non remise en question selon laquelle les salles de classe seraient un habitat idéal pour les lapins, elle s’empressa de s’en débarrasser auprès du professeur. "

Ma collègue, également ignorante en fait de comportement lapin, pensa que Doc allait sautiller à travers la classe pendant qu’elle ferait son cours. (Même s’il s’était comporté conformément à son attente, je ne vois pas en quoi cela aurait aidé les élèves à se concentrer). Il arriva dans une caisse pour chien grillagée qu’elle garnit de journaux. Elle lui donna eau et nourriture dans des écuelles en plastique. Sitôt qu’il sauta sur le sol en linoléum du labo, il glissa et se heurta le menton. Après cette brève expérience, il refusa de sortir de la caisse. Vers la fin de la journée, quand je l’aperçus pour la première fois, il était assis sur des journaux trempés, avec des granulés et des excréments répandus dans toute la caisse. A partir de ce moment il se retira dans le coin le plus éloigné de sa prison désolée. Comme la caisse ne s’ouvrait pas sur le dessus, il était impossible de l’atteindre sans ramper à sa hauteur. Il était donc assis tout seul dans sa caisse, dans un coin du labo, entouré de grandes paillasses noires et dans le vacarme des classes en cours.

Je continuai à lui rendre visite, en faisant des suggestions. Elle acheta un biberon. Elle échangea son écuelle contre une autre en verre lourd. Après avoir appris qu’il allait être laissé tout seul durant le week-end, je demandai si je pouvais l’emmener à la maison avec moi. Comme elle avait des chats et des enfants chez elle, et pas de temps à consacrer à laisser les chats et le lapin s’habituer les uns aux autres, elle accepta mon offre sans hésiter. Après l’avoir pris à la maison chaque week-end, il fut naturel que Doc passe Thanksgiving avec nous. Même si je lui donnais un bain et coupais ses griffes extrêmement longues quand je l’avais à la maison, sa fourrure se retrouvait rapidement trempée et emmêlée quand il retournait à sa caisse du lycée.

Enfin la professeur de biologie dut assister à une conférence d’une semaine. Elle savait que le remplaçant ne prendrait pas soin de Doc, et les élèves avaient perdu tout intérêt pour lui. Il se contentait de s’asseoir tout le temps dans son coin, sur un journal trempé d’urine, donc ils décidèrent que c’était un lapin débile, indigne de leur attention. Une fois de plus, Doc vint chez nous, cette fois-ci pour neuf jours. Il commença à s’habituer à vivre avec mes deux lapins et moi. Le lundi matin quand la professeur de biologie revint, elle me demanda si je pouvais envisager de garder Doc en permanence. Ce fut donc réglé.

Je lui achetai une cage de 75 centimètres sur 90, avec une grande litière pour chat. Je mis un épais tapis de bain en coton sur le sol grillagé pour que Doc ait le choix entre s’allonger sur le grillage, dans la litière, ou sur le tapis doux ; il eut du foin frais et de la verdure variée. Mais, plus important pour lui, il eut la liberté. En l’espace d’une semaine, d’un lapin timide, Doc devint un gars adorable, curieux et déterminé. Il rongea mes plinthes, s’introduisit dans les boîtes à chaussures de mon placard, et courut sur toute la longueur de l’appartement. Il propulsa même sa grande personne fauve en l’air en joyeux bonds de lapin. Si seulement les élèves pouvaient le voir maintenant, pensai-je, ils pourraient précisément apprendre une leçon importante à propos du respect des autres êtres vivants. Doc n’était pas « débile » ; il avait été entouré d’humains ignorants.

La fois suivante où je secourus des animaux d’une situation scolaire vint également d’une classe de biologie. Dans ce cas le professeur avait été gratifié d’un lapin et d’un cochon d’Inde par un collègue dont les neveux n’en voulaient plus. (Les gamins avaient déjà ôté un des yeux du cochon d’Inde).

Comme la précédente maîtresse de Doc, ce professeur de biologie en savait très peu sur les lapins. Bientôt je passai et lui prêtai plusieurs livres, dont le House Rabbit Handbook. Des semaines plus tard, alors que nous parlions du comportement des animaux, il fut évident pour moi qu’elle n’avait lu aucun des livres. Encore une fois, le lapin était rarement hors de sa cage. Le professeur lui apportait bien de la verdure, surtout de la laitue croquante. Cette fois je jurai de ne pas m’en mêler. J’avais mon propre travail à faire. Je ne leur rendais donc visite que lorsque j’étais dans cette partie du bâtiment.

Un mois passa. Un jour un étudiant se présenta à la porte de ma classe. Il demanda si j’étais le professeur qui aimait les animaux. Je répondis prudemment « oui ». Il me dit que le lapin de sa classe de biologie ne mangeait pas. Je l’interrogeai davantage. Il avait la responsabilité de nourrir le lapin, et il avait remarqué que les granulés étaient intacts et que le niveau du biberon d’eau n’était pas descendu. Quand il l’avait dit au professeur, elle avait dit qu’elle s’en occuperait mais maintenant trois jours avaient passé et le lapin ne mangeait ni ne buvait toujours pas. « Trois jours ? » m’exclamai-je. Je promis à cet élève impliqué que je serais là pour voir le lapin tout de suite après mon prochain cours. Il sourit et dit : « On m’avait dit que vous feriez quelque chose ». Je ne sais pas qui était « on », mais apparemment le mot était passé à propos de mes animaux et moi.

Quand je vis le lapin, il avait l’air lamentable. Sa peau n’avait aucune élasticité, et ses yeux étaient mornes. Je dis au professeur qu’elle avait un lapin très malade qui avait besoin immédiatement de soins vétérinaires. Le professeur répondit qu’elle n’avait ni le temps ni les moyens de le conduire à la clinique, et qu’elle ne connaissait aucun vétérinaire de toute façon. Elle ne semblait pas terriblement contrariée par l’état du lapin. Je lui demandai si je pouvais le conduire chez mon vétérinaire et proposai de payer la facture. Cela lui allait très bien. J’allai directement du lycée au cabinet du vétérinaire.

C’était un lapin en état de déshydratation sévère. De plus, ce lapin était une lapine. Mon vétérinaire lui donna des fluides par voie sous cutanée, et en l’espace d’une heure elle avait bien meilleure mine.

Quand je retournai au lycée, je dis au professeur de biologie que le lapin avait besoin de médicaments deux fois par jour pendant deux semaines. Elle répondit qu’elle ne se voyait pas du tout les lui administrer. Elle avait peur que la lapine ne la griffe ou ne la morde. Je gardai donc la lapine. Elle répondit très bien au traitement et est restée avec le reste de notre famille d’animaux et moi depuis lors. Aussitôt qu’elle eut recouvré la santé, je la fis stériliser. Je changeai aussi son nom, Eddie, en Edwina, puis Winnie.

Bien sûr, je pris aussi chez moi le cochon d’Inde, qui sentait trop mauvais au goût des élèves pour rester dans leur classe. Avec de la litière en granulés de papier, que je change souvent, il n’a plus une cage nauséabonde. Il adore courir à travers la maison, dormir sous un repose-pieds, et boire dans l’écuelle de la chienne. (J’ai une petite chienne très docile et pacifique, qui lèche les lapins et le cochon d’Inde dès qu’ils passent à portée de sa langue).

J’ai donc le bonheur d’avoir des animaux de compagnie que d’autres ont considérés comme bons à jeter. Tant mieux pour moi et, finalement, tant mieux pour les lapins et le cochon d’Inde. Mais tant mieux pour les élèves ? Ont-ils appris quoi que ce soit à propos de la responsabilité et des soins ? Oui, il y eut des élèves pour s’inquiéter du bien être de Winnie ; sans leur intervention, elle ne serait plus en vie aujourd’hui. Mais qu’ont appris les autres ? Que les animaux sont là pour notre usage, que leurs besoins importent peu, et qu’on peut s’en débarrasser quand ils deviennent une gêne. C’est pourquoi je pense qu’un lapin dans une classe n’est pas une bonne idée.

Une meilleure approche

Pour préserver le bien-être physique et psychologique du lapin, et dans le même temps dispenser aux enfants une expérience pédagogique positive... Un lapin qu’on utilise et dont, dans la plupart des cas, on se débarrasse quand son utilité prend fin. Doc et Winnie font partie des rares qui ont eu de la chance. Espérons que leur histoire inspirera à d’autres personnes l'idée d'agir comme Carol McCall l’a fait.

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Traduit de l'anglais par LewisLewisLewis pourMarguerite & Cie le 21 septembre 2008 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après "A Rabbit in the Classroom - What are they really teaching the kids ?" de Carol McCall disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/journal/3-10/classroom.html
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