Un jeu merveilleux : l’approche d’un refuge vis-à-vis de la cohabitation

Par Julie Smith, PhD

Où es-tu Magnolia Chérie ?Je suis perdue, apathique, fatiguée de me toiletter et de nettoyer le terrier. Tu vas devoir être tendre et soumis. Je vais apprécier que tu me toilettes, et je vais retirer ce brin de persil que tu as dans la bouche si je finis la première. ( Réaction envoyée au refuge local de la HRS)

Notre section ne publie pas encore de petites annonces du coeur pour lapin célibataire, mais nous avons déjà un véritable service de rencontre. Lorsqu'on nous apporte un lapin afin de lui trouver un compagnon, nous lui présentons plusieurs candidats provenant de nos familles d’accueil ou du refuge ; ce sont ces rencontres que nous qualifions de "rendez-vous galants".Cinq ou six entrevues donnent au visiteur de bonnes chances de trouver un partenaire. Nous organisons ces séances, car nous pensons que les lapins ont de fortes préférences pour choisir l'âme soeur.

Toi et toi seul(e)

Nous avons récemment séparé un groupe de huit lapins pour cause de disputes. Ces lapins vivaient dans un abri à l’extérieur au sein d’une petite ferme dans le Wisconsin ; et nous avons réorganisé cet espace en appartements, afin de former des couples de lapins. Sur les huit, seuls deux étaient véritablement amoureux. Ils étaient si heureux de se retrouver –nous les avions séparés pendant une semaine afin d’essayer toutes les combinaisons de deux possibles- qu’ils décrivaient des cercles l’un autour de l’autre, et sautaient de joie.

Cet incident et cinq années de rencontres nous ont montré qu’un lapin qui est habitué à en rencontrer d’autres peut avoir des réactions très variées. Ceci paraît encore plus évident lorsqu’on étudie le vocabulaire des lapins lors de leurs rencontres (lequel demeure encore très mystérieux). Par exemple un lapin qui a l’air indifférent peut en réalité être timide, apeuré, ou peut tout simplement ne pas savoir comment réagir. Cette entrevue peut se solder par des manœuvres d’intimidation de la part d’un des lapins qui saute au dessus de l’autre, il peut aussi mettre son nez sous le menton de son partenaire, ou lui offrir un toilettage relaxant en s’arrangeant pour être le plus proche possible de lui, exagérer sa peur au moindre mouvement de l’autre, ou encore le mordre pour démarrer une course poursuite. Ces gestes qui peuvent ressembler à des marques d’indifférence ou d’agressivité sont en réalité des signes d’intérêt. Ils peuvent avoir des sens opposés, et c’est pour cela que les familles d’accueil nous sont très utiles. Un lapin qui en monte un autre peut vouloir dire « c’est important pour moi de paraître être celui qui commande » mais il peut aussi s’agir d’une invitation à se poursuivre, se monter et à être le chef.


Shadow court pendant que Murphy la pourchasse


Elle s’arrête, se retourne et réclame un toilettage. Elle a déjà fait dix autres rencontres avant celle-ci.

Un lapin peut avoir besoin de bien plus de cinq rencontres avant de trouver un compagnon, et de beaucoup de temps entre chacune d’elles. Ceci est dû au fait que beaucoup de lapins ne parlent pas le langage de leurs congénères. La plupart du temps, ils n’ont aucune idée de ce que signifie le comportement des autres, ou de ce qu’ils doivent répondre, ou de comment ils doivent répondre, voire même, ils ne savent pas s’ils doivent réagir. C’est à cela qu’ils travaillent en dehors des rencontres. Shadow en a fait sept en quatre mois, et à chaque fois, elle a attaqué son partenaire. C’est à la neuvième qu’elle a commencé à attendre et à observer. A la onzième, elle a rencontré Murphy. Peut être était-ce le bon partenaire alors qu’aucun des autres ne l’était ; ou, plus probable, elle avait retenu quelque chose des fois précédentes. Dans tous les cas, elle a fait une sorte de « bonne rencontre » : elle a couru, il l’a pourchassée, elle s’est tournée pour réclamer un toilettage, et il l’a montée. Nous avons été stupéfaits par ce changement, mais il a renforcé nos convictions : les lapins apprennent à chaque rencontre. Cela nous a soulagé, par rapport à notre projet, et nous a rendu plus enclins à privilégier le temps et la réflexion, plutôt que d’utiliser des méthodes stressantes.

Tu as ce petit truc en plus

Une fois qu’un lapin a trouvé un partenaire susceptible de lui convenir, nous transmettons à ses adoptants le guide de la HRS sur la cohabitation.Ceci comprend : cages placées face à face, les rencontres en territoire neutre puis sur celui de chacun des deux lapins. La plupart des propriétaires sont très impliqués dans ce projet, touchés par l’attirance de leur lapin pour leur futur compagnon, et fascinés par l’évolution du couple. Nous les avertissons bien de ne pas brusquer les choses, ainsi, bien que Sophie ait préféré Britches à Shirtails, elle pouvait trouver ses ébats un peu repoussants, jusqu’à ce qu’elle s’habitue à lui dire de se calmer. Britches pouvait farfouiller dans ses oreilles ou lui grignoter les moustaches pour démontrer son amour, Sophie manifestait malgré tout de l’anxiété et de l’agressivité. Des disputes en résultaient car les lapins sont durs même avec celui qui maîtrise les ficelles de la cohabitation.

A quel point m’aimes–tu ?

C’est un point capital : les humains peuvent aider ; mais les lapins travaillent dur pour réussir leur cohabitation et continuent à agir ainsi. Les « bons couples », ceux qui ne se battent pas et se câlinent ; peuvent continuer à régler des comptes. Martha et Thermal semblent un couple idyllique 60% du temps. Mais Martha n’aime pas être pincée par Thermal quand ils quémandent des friandises. Elle aimerait être toilettée par lui au lieu d’être obligée de coller son nez sous le biberon pendant qu’il boit afin de recevoir quelques léchouilles. Elle flirte avec le célibataire d’à côté en se collant le plus possible à son enclos…enfin elle le faisait jusqu’à ce que nous l’adoptions. Pajamas and Zeta ont une bonne relation parce qu’ils ont assez de place pour que Zeta puisse fuir lorsque Pajamas tente de la monter, ce qu’elle déteste. Ça ne signifie pas que ces lapins seraient mieux seuls, même si la majorité des relations sont « sans conflit ».Nous, les humains, nous divorçons bien dans 50% des cas, mais nous continuons à chercher des relations parce que nous en avons besoin. Les lapins en ont d’autant plus besoin qu’ils n’ont pas d’autres amis lapins.

Je vais me faire aimer de toi

Est-ce que les lapins qui choisissent eux-mêmes leurs partenaires se débrouillent mieux ? Je ne pense pas. Que les mariages soient d’amour ou arrangés, ils nécessitent des ajustements et des négociations. De plus les lapins qui obtiennent un rendez-vous galant font parfois des choix discutables. Par exemple Billy. Billy a eu plusieurs rendez-vous ; les filles l’ont toutes apprécié, et il les a beaucoup aimées aussi. Mais c’est un vieux garçon de 3 ans-- la vie en clapier l’a rendu faible, indolent et obèse—Billy n’avait pas l’énergie de poursuivre et monter, malgré des invitations aguicheuses. Est arrivée Pym. Billy s’éprit d’elle car elle se fichait qu’il lui monte dessus et ne fuyait pas. Elle semblait penser : « O.K , ça me va « pas de problème ».

Billy aime Pym plus que tout. Si elle s’assoit 2m plus loin, il grince des dents de contentement autant que si elle était collée tout contre lui. Billy fait tout le toilettage. S’il tend timidement son nez vers Pym, espérant un coup de langue malencontreux, elle sautille joyeusement 3m plus loin. « Je n’ai pas le temps » semble -t-elle dire. Billy paie les conséquences de son choix, mais qui voudrais les séparer ou oser dire que Billy n’est pas heureux ?

Dans notre refuge nous réalisons des cohabitations libres, pas parce que nous pensons que ceci donne des relations plus harmonieuses mais parce que ceci nous semble plus doux et facile pour tout le monde. C’est aussi notre façon de montrer du respect à nos lapins, en reconnaissant qu’ils éprouvent des sentiments. Après tout, pourquoi les hommes seraient-ils les seuls amoureux éperdus ?

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Traduit de l'anglais par Marguerite & Cie le 11 novembre 2009 avec l'aimable autorisation de la House Rabbit Society
D'après l'original "All in the Wonderful Game: One Chapter's Approach to Matchmaking "de Julie Smith, PhD disponible sur le site de la House Rabbit Society : http://www.rabbit.org/journal/3-9/bonding.html
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