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Dernière mise à jour : 16/02/2017

Retrait chirurgical d'un abcès sous-cutané en images ( Mise à jour : 29/05/2010)
Par le Dr Julien Goin

AVERTISSEMENT ! Cet article contient des photographies réalisées lors de chirurgie pouvant choquer les personnes jeunes ou sensibles.

Un lapin nain albinos mâle d’animalerie, âgé de deux mois, est présenté en consultation pour une plaie localisée sur le flanc droit. Cette plaie a été causée par la morsure d’un congénère peu après son arrivée dans l’animalerie.

Présence d’une plaie de morsure sur le flanc droit :

Cette plaie est constituée de deux zones de perforation cutanée de 4 et 7 mm de diamètre, aux contours irréguliers et inflammatoires. La palpation révèle la présence d’une masse sous-cutanée ronde, de taille 4 cm, de consistance ferme, située au niveau de la plaie, associée à un écoulement de pus ferme et jaunâtre à la pression. L’examen clinique ne révèle aucune autre anomalie. Le diagnostic est celui d’un abcès sous-cutané secondaire à une plaie de morsure.

Palpation révélant la présence d’un abcès sous-cutané :

Une chirurgie est décidée afin de retirer l’abcès dans son intégralité. Quinze minutes avant l’intervention, le vétérinaire pratique trois injections (antibiotique, anti-inflammatoire et morphinique) afin d’assurer une couverture antibiotique et une analgésie pendant celle-ci. Le lapin est anesthésié par inhalation au masque d’un mélange d’oxygène et de gaz anesthésique (isoflurane). La zone opératoire est ensuite tondue, nettoyée et désinfectée.

Anesthésie par inhalation d’un gaz anesthésique au masque :

La trousse de chirurgie, stérile, comprend, de haut en bas et de gauche à droite :
- deux pinces mousses, pour la préhension et la manipulation des tissus,
- deux ciseaux fins, pour la dissection et la découpe des tissus,
- quatre pinces à champs, pour le maintien du champ opératoire,
- une pince hémostatique (« clamp »), pour arrêter l’hémorragie des petits vaisseaux,
- un porte-aiguille, pour maintenir l’aiguille et le fil servant à la suture cutanée,
- un bistouri à lame fine, pour l’incision cutanée,
- un écarteur, pour écarter les différents plans tissulaires et faciliter la visualisation,
- un fil de suture résorbable, pour la réalisation de la suture cutanée.

Détail du matériel chirurgical :

Un champ stérile est mis en place au niveau de la zone opératoire et maintenu par quatre pinces à champs.

Mise en place d’un champ stérile délimitant la zone opératoire :

La peau est incisée, les tissus sous-cutanés disséqués et les deux bords de la plaie chirurgicale écartés, laissant apparaître l’abcès. Celui-ci présente une coque épaisse, de couleur rouge violacé et de surface irrégulière, percée en un point par lequel du pus s’écoule.

Visualisation de la coque de l’abcès :

L’abcès est disséqué, c’est-à-dire détaché progressivement des tissus sains environnants, à l’aide d’un ciseau fin.

Dissection de l’abcès permettant son retrait :

Une fois l’abcès retiré, seuls restent les tissus sains et non infectés. La paroi musculaire, d’aspect normal lisse et de couleur rose clair, apparaît.

Aspect de la paroi musculaire abdominale saine après retrait de l’abcès :

Les bords de la plaie chirurgicale sont ensuite parés, c’est-à-dire découpés chirurgicalement afin de les raviver, d’enlever les irrégularités liées à la morsure et de les rendre parfaitement lisses, dans le but de favoriser la cicatrisation post-opératoire.

Parage des bords de la plaie chirurgicale par découpe au ciseau fin :

La peau est ensuite suturée partiellement à l’aide de fil résorbable par de multiples points séparés. Un trou de drainage est laissé en place afin d’éviter la reformation de l’abcès et permettre des nettoyages antiseptiques locaux quotidiens jusqu’à guérison. Un spray antiseptique et cicatrisant à base d’aluminium est appliqué localement après l’intervention. Un traitement antibiotique et antalgique est mis en place pendant trois semaines au terme desquelles les sutures sont retirées. La repousse complète du poil demande environ un mois.

Hospitalisation du lapin après l’intervention :

A la différence du chien et du chat, chez qui le traitement consiste généralement dans un premier temps en l’administration d’antibiotiques et la vidange de l’abcès par pression, le traitement des abcès chez le lapin est d’emblée chirurgical. En effet, ces derniers sont constitués d’une coque souvent épaisse, contenant un pus épais et crémeux dont le drainage est difficile. Afin de permettre la guérison et de prévenir les récidives, il est donc important de retirer chirurgicalement la coque et son contenu dans son intégralité, car celle-ci constitue un réservoir de bactéries.

Les abcès du lapin sont généralement secondaires à une maladie générale (qu’il faut alors rechercher afin de mettre en place un traitement de fond), ou plus rarement à des plaies cutanées (ex : morsure d’un congénère). Leur croissance se fait selon un mode chronique et progressif. Les bactéries incriminées sont fréquemment des pasteurelles (Pasteurella multocida), et également des staphylocoques (ex : Staphylococcus aureus) ou des bactéries Gram négatives (ex : Pseudomonas aeruginosa). Pour identifier la bactérie en cause et choisir l’antibiothérapie la plus adaptée contre celle-ci, le vétérinaire peut être amené dans certains cas à demander une culture bactériologique effectuée par un laboratoire spécialisé.

Aspect de l’abcès (avant et après incision) : coque épaisse contenant un pus épais.

Crédits photos : Dr. Goin Julien. L’auteur remercie les assistantes vétérinaires de la clinique pour la réalisation des clichés photographiques pendant l’intervention.